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artist : VOULEZ VOUS CHACHA

Release date : June 21, 2019
genres : CHA CHA / MAMBO / EXOTICA
format : CD/LP/DIGITAL
reference : BB116

BB116 VOULEZ VOUS CHACHA ? French chacha 1960-1964

ENGLISH TEXT BELOW

Attention, « Ne nous fâchons pas » comme nous suggère Spartaco Sax, morceau étendard de la campagne contre la violence autoroutière organisée par le quotidien FRANCE-SOIR : la musique, ce n’est pas si grave, c’est même souvent pas très sérieux. C’est en tout cas de cette oreille qu’il faut écouter cette sélection de chachacha, mambo, twist et autre madison, des musiques de genre, du style pas si mauvais, alors même que les mélomanes se pincent le nez et se bouchent les oreilles. Et pourtant, ces doux délires sous leurs faux airs de ne pas y toucher dressent un étonnant état des lieux de la France de la fin des années 1950, celle des baby boomers qui rayent les parquets. Entrez dans la danse, tous en piste, et c’est parti mon kiki.

Ça commence par un orgue ésotérique, une guitare sortie d’un western, une rythmique à la coule, un saxophone qui déboule, une voix glamour, un clavier décadré, les cadences qui s’affolent… Inventaire à la Prévert ? « Please Mr Hitchock ! », interpelle une voix surgie d’on ne sait où, sur un arrangement qui dérape dans les coins. Le ton est donné, même si la suite s’inscrit plus volontiers dans les pas du chachacha et autre mambos. Eins Zwei Drei, assène Spartaco Andreoli, créateur du Chachacha des thons, paroles absurdes et musiques pas tant que ça. Et ce n’est qu’un début. J’en vois qui rigolent, certes tout cela sonne tragi-comique, mais plus d’une fois, un gimmick accroche, une mélodie entre entêtante, un refrain que l’on fredonne sans le vouloir, le pied qui bat sans le savoir. « C’est bon ça dis donc ! », suggèrent les Los Goragueros, à l’entrer de goûter leur Mambo Miam Miam. Sax suave, contrebasse qui balance et percus qui fracassent, ce titre sous lequel se cache Alain Goraguer (il y a souvent un « os », histoire de faire plus vrai que nature, tels Los Chiquitos et Los Albinos) se laisse effectivement déguster. Le pianiste arrangeur qui signera plus tard l’indispensable Planète sauvage n’est pas le seul à avancer à moitié masqué à l’heure de donner dans le tropical. Comme Michel Legrand s’adonna au rock, pour le meilleur et pour le pitre.

Les musiques tropicales et la France, c’est une histoire qui remonte, et ce ne fut toujours, loin s’en faut que pour se gondoler. Ce tropisme pour les musiques exotiques, non sans les tics qui vont avec, ne date pas d’hier. Il suffit de songer à l’entre-deux-guerres, quand le Paris des folles années s’agite aux sons d’orchestres latino-américains. Le séminal Brésilien Pixinguinha y passa dès 1922, la charismatique cubaine Rita Montaner triomphe quelques années plus tard au Palace et le génial clarinettiste martiniquais Stellio fait durablement guincher aux sons de la biguine… Les cabarets interlopes et clubs louches brassent les populations et les musiques jusqu’à plus d’heure. De Montparnasse à Montmartre, les dancings fleurissent la capitale alors même que l’exposition universelle imprime dans l’imaginaire populaire une certaine idée, plutôt incertaine, des autres tropiques : le rêve au rabais comme l’exotica fantasme les îles… Ce seront le Jimmy’s, du côté de la Coupole, ou le Melody’s Bar niché sur les hauteurs de Pigalle, où l’orchestre de Don Marino Barreto, pianiste et chanteur cubain émigré à Paris dès les années 20, fit les beaux jours du Paris surréaliste et insouciant. Les Collégiens du Parisien Ray Ventura, un sacré vivier et de drôles de chansons, parfois aux limites du délire, ne furent pas en reste en matière de fêtes.

Et Après-guerre, ça reprit de plus belle. Le Rico’s Creole Band fut l’un des grands orchestres « typiques » qui fit chavirer le tout Paris, tendance collé-serré comme pied au plancher, le bal Blomet brasse les communautés afro-antillaises, L’Escale devient un rendez-vous incontournable pour les amateurs de versions latines, le pianiste Eddie Warner est un de ces piliers, accompagné de ses « rythmes », un « orchestre, gag suprême, était composé à 85% de musiciens français, seuls les percussionnistes étaient sud-américains ». Un autre jazzman, Henri Rossotti, navigue aussi dans les eaux chaudes des doux rivages tropicaux. Ils reprennent des sambas et mambos, adaptent du Benny Moré et du Pérez Prado. Chaud, comme le percutant Benny Bennett et son orchestre de musique latine-américaine, qui sera le creuset de formation de nombreux apprentis improvisateurs. Au menu : du calypso, du merengue… et bien entendu du chachacha. Bientôt Los Machucambos, un groupe de sud-américain formé dans le quartier latin s’y adonnera, entre une guajira et un flamenco, notamment avec Pepito qui sonne le top départ du succès du trio.

Dans cette France qui raffole des combos aux accents latino, le chachacha, formellement inventé au début des années 1950 par Enrique Jorrin, fera fureur sitôt suivi par la pachanga. On le met à toutes les sauces, comme les trépidantes rythmiques s’incrustent dans les bandes originales. Cela devient même un classique du film en noir et blanc. Cela deviendra une singularité typiquement française à toutes les époques, beaucoup s’y sont essayé : Boris Vian à maintes reprises, Bourvil aussi Bob Azzam, Gainsbourg pour de bon, Carlos pour de rire, Louis Chedid, Vanessa Paradis… En poussant le bouchon, on pourrait y déceler le début de la french touch, un accent tonique pas toujours bien maîtrisé, un twist unique. Cette affaire de chachacha est emblématique de l’atypique histoire de la petite musique, celle des contre-allées, loin des sentiers et sillons de la gloire. Celle que se plaît à relever d’outre-tombe et d’épousseter au tamis du temps le label Born Bad. Et en matière de versions latines, ces disques patiemment chinés dans les brocantes sont désormais de moins en moins aisées à dénicher, même si la plupart ne valent trois euros six centimes : ces trips en mode low cost sont sous-estimés par les collectionneurs patentés, qui courent tels des dératés vers la rareté à triple zéro.

Chachacha Transistor, prédit l’improbable Jacky Ary, connu pour son moins comestible Mange des tomates. A l’approche des années 1960, les musiques typiques sillonnent donc l’hexagone de long en large, des plaines du nord à la mer du sud. Ce qui ne manque jamais d’égayer les bals, ni d’aiguiser l’appétit d’une industrie bourgeonnante, qui s’en saisit souvent par opportunisme, non sans parfois un brin de cynisme. Il faut bien vendre coûte que coûte, à tout prix, des disques à la jeunesse qui peine à jouir. Des 45-tours sont ainsi enregistrés chez Barclay, Vogue et compagnie, des produits de basse consommation destinés à alimenter les linéaires des supermarchés qui bourgeonnent dans les périphéries. Il s’agit de convertir en studio une tendance venue d’outre-Atlantique, en convoquant des vieux schnocks (Paul Mauriat sous le pseudo d’Eduardo Ruo, en tête de rayon…) qui se la jouent jeunes, de drôles de gugusses qui s’emparent de ces rythmiques pour en donner une vision frelatée. Le temps d’une saison, avant même les fameux tubes de l’été. C’est déjà le même principe, mais en mode artisanal. Le temps d’un coup, le temps d’en tirer quelques juteux dividendes pour des producteurs qui recrutent des équipes pour exécuter ces « basses » œuvres. La plupart font des flops, des bides pour des boom. D’autres entreront dans la légende, comme Jean Yanne répondant à Henri Salvador pour Allo Brigitte, un des classiques du registre « rires et chansons ». Son auteur Norma Maine en signera un petit paquet, paroles décalées et musique calibrée.

Il y a des dialogues improbables, il y a aussi des adaptations insensées comme le Marchand de melons qui détourne le Watermelon Man Herbie Hancock, écriture en mode pilotage automatique pour accoucher d’un texte insensé. Et que dire de la Tarte à la nana ? Et comment qualifier Ça c’est du poulet ? Ou le terrible Soukou Soukou, limite mauvais goût, paroles de colon… Quand il s’agit de se réapproprier des savoir-faire étrangers, cela peut donner des résultats pour le moins étranges, un surréaliste choc de cultures qui en font tout le sel. Des mélanges improbables, genre chacha bebop, tempo latino et jazz qui scatte… Ça swingue sévère, ça maîtrise aussi parfois son affaire. Car il y a bel et bien quelques ivresses dans ces disques de commandes qui reprennent des formules qui ont fait leur effet outre-Atlantique. Ils les jouent à la ligne, dans l’esprit original, ou les détournent l’air de rien, pas que pour en sourire, pour le plaisir aussi d’y glisser là un chorus qui va un poil plus loin, ici une rime bien ajustée qui dénote une pointe de dérision, une tradition à la française qui en fera de même avec le rock comme le punk, ou encore la bossa nova. A la clef, on découvre des arrangements souvent détonants, des refrains parfois épatants, de flambants insuccès, des ratés confondants, pas forcément tout à fait hors sujets, tout autant de doux délires qui font toujours leur petit effet sur la piste quand il est l’heure de se trémousser. Testez, vous verrez, ça fonctionne à tous les coups, si tant est que vous n’abusiez pas. La modération est recommandée pour cette musique à resservir à l’heure de l’apéro ou bien après minuit…

Jacques Denis

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Careful, “Let’s not get angry” suggests Spartaco Sax, the famed song accompanying French daily paper FRANCE-SOIR’s campaign against road violence: music isn’t that serious, often times really not. In any case, it is with this not so serious ear that one should listen to this selection of chachacha, mambo and other genres to twist and madison to, as music-lovers pinch their noses and block their ears. And yet, these breezy and light songs under their false airs of effortlessness draw out an astonishing analysis of late 1950s France with its partying baby boomers. Put on your dancing shoes, everyone on the dancefloor, let’s go baby.

The record starts out with an esoteric organ, a guitar straight out of a western, a vibey rhythm section, a speeding saxophone, a glamorous voice, a curious keyboard, a slightly panicky tempo… “Please Mr Hitchock!” calls out a voice from the unknown, on an arrangement that’s about to lose control.

The tone is set. Eins Zwei Drei, cries out Spartaco Andreoli, creator of the Chachacha for tunas, lyrics that are absurd accompanying music that isn’t so much so. And this is just the beginning. I can already see those making fun of it, and yes, I admit it does sound a bit comically-tragic, but more often than not, a persistent riff or melody will get stuck in your head, a chorus that you’ll start unintentionally humming, your foot that starts beating unbeknownst to you. “C’est bon ça dis donc !” (This is pretty good), suggest the Los Goragueros, at the start of their Mambo Miam Miam (Yum Yum). A smooth sax, a double bass that sways and shattering percussions, this song anonymously written by Alain Goraguer (there is often an “os” (bone), added to the band name for a little authenticity, i.e Los Chiquitos and Los Albinos) is actually quite tasty. This arranger and pianist who went on to write the indispensable Planète Sauvage (Wild Planet) is not the only one to have advanced half-masked in these tropical times. Just as Michel Legrand devoted himself to rock music, for better or worst.

Tropical music and France go way back. Indeed, this tropism for exotic music, not without the mannerisms that go with it, has been around. Just think of the period between both world wars, when the Paris of the roaring twenties fluttered to the sound of Latin-American orchestras. The influential Brazilian musician Pixinguinha came through in 1922, the charismatic Cuban singer Rita Montaner triumphed a few years later at the famed Palace and the brilliant clarinettist Stellio from Martinique had everyone dancing through the night to the beguine (a dance style from Martinique)… Seedy cabarets and fishy clubs mixing up different peoples and music until the early hours. From Montparnasse to Montmartre, dancing clubs bloomed throughout the capital while the World Exhibition sold a rather uncertain idea of the other tropics: a discounted and fantasized exotic dream of island life. It’s in bars like Jimmy’s, by La Coupole, or the Melody’s nestled in the heights of Pigalle, where Don Marino Barreto’s (Cuban pianist and singer who emigrated to Paris in the 1920s) orchestra made the heyday of a surreal and carefree Paris. Parisian Ray Ventura and his band Les Collégiens, quite the breeding ground for funny songs, at times almost delirious, were always a big part of the party.

And after the Second World War, it started all over again. Rico’s Creole Band was one of the great Creole orchestras to sway all of Paris, the Blomet Ball brought together the Afro-Caribbean communities, L’Escale became an essential dancing ground for lovers of Latin music, the pianist Eddie Warner was one of these pillars, accompanied by his “rhythms”, a “witty orchestra with 85% of French musicians, only the percussionists were South American”. Another jazzman, Henri Rossotti, also navigated in the warm waters of these gentle tropical shores. They covered sambas and mambos, adapting Benny Moré and Pérez Prado. Hot, like the hard-hitting Benny Bennett and his orchestra of Latin American music, which ended up being the training grounds of many apprentice improvisers. On the menu: calypso, merengue… and of course chachacha. Shortly after, the Los Machucambos, a South American band created in the Latin Quarter performed music between guajira and flamenco and its song Pepito marked the start of the trio’s success.

At the time, Latin-style combos were all the rage in France such as the chachacha which was officially invented in the early 1950s by Enrique Jorrin, soon followed by the pachanga, becoming a staple of black-and-white films. In the long run, this music has become a sort of French standard, adapted by many: Boris Vian oftentimes, Bourvil, Bob Azzam, Gainsbourg, Carlos (jokingly), Louis Chedid, Vanessa Paradis… Taking it a little far, you could even detect the beginnings of the french touch. This Chachacha affair is emblematic of the atypical history of popular music, that of back-alleys, far from the paths and furrows of glory. Music, raised from the grave and dusted off by the Born Bad record label. In terms of latin music, these records that were patiently found in flea markets are becoming a rarity, even if most are worth three euros and six cents: this low cost hobby is underestimated by licensed collectors, who run like lunatics towards triple-zero rarities.

Chachacha Transistor, predicted the unlikely Jacky Ary, known for his less digestible Mange des tomates (Eat tomatoes). With the approach of the 1960s, typical music styles were found all over the country, from the northern plains to the southern sea. Never failing to cheer up dances, nor to whet the appetite of a burgeoning industry, which often seized it by opportunism, not without a tinge of cynicism. After all, one must sell records to the desolate youth, at all costs and any price. These 7-inch vinyl records were therefore recorded at Barclay, Vogue and co. Low-consumption products intended to supply the shelves of budding suburban supermarkets. The idea was to convert a North-American trend in the studio, by summoning old geezers (Paul Mauriat under the pseudonym of Eduardo Ruo, at the top of the list…) who would play young and interpret these rhythms with a distorted vision. All for just one season and all this before summer hits were a thing. It was already the same idea though, but in more of a D.I.Y fashion. A quick fix, just enough time for the producers to get some juicy revenue, the same ones who recruited teams to perform these “inferior” works. Most were flops, but a few made it big such as Jean Yanne answering to Henri Salvador for Allo Brigitte, a classic of the “comic-musical” genre. It’s author Norma Maine went on to write quite a few of these quirky songs.

Most had improbable dialogue, as well as senseless adaptations such as the Marchand de melons (The Melon Merchant) distorting Herbie Hancock’s Watermelon Man, a result of automatic writing in order to come up with ridiculous lyrics. What can be said about Tarte à la nana (Girl Pie), and how about Ça c’est du poulet ? (This is Chicken?) Or the terrible Soukou Soukou, on the limit of bad taste, words of a colonist… When it comes to reappropriating foreign know-how, the results can turn out strange like a surreal shock of cultures. Improbable mixes, like chacha bebop, latino tempo and scat jazz… It all definitely swings and is sometimes even quite impressive. Because magical loose moments are to be found in these records made to order, records that were just trying to recreate a successful pre-existing North American formula. They recorded them on the line, in the original spirit, or inconspicuously modified them, not only for fun, but also for the pleasure of adding on a chorus which would take the song a little further, or a well adjusted rhyme that would denote a touch of derision, a French tradition that was to be repeated in rock as in punk, and even bossa nova. The key often being explosive arrangements, occasionally beautiful choruses, radiant mishaps, confusing mistakes, not necessarily off-topic, all in all some sweet musical trips that always have an effect on the dancefloor when it’s time to boogie. Try it out, you’ll see, it works every time, if you don’t abuse of it. Moderation is recommended for this music that should be served either at cocktail hour or after midnight…

Jacques Denis