JC SATAN

JC SATAN Toums BDAu commencement, il n’y avait rien ou presque. Le souffle des amplis troublait à peine la surface des eaux.
Ceux que le sort avait fait naître au mauvais endroit de la Création cédaient à l’abattement et la résignation… C’était ainsi : on se ruinait pour adorer des idoles étrangères, en admettant que le miracle n’aurait jamais lieu chez nous.
Et puis, une cohorte d’anges rebelles appela à la sédition.
Parmi eux, un « porteur de lumière », Lucifer-de lance d’une génération de justes qui en avait marre de se prosterner devant des divinités douteuses, et qui créa sa propre scène, quasiment de toute pièce : le bien- nommé J.C. Satàn, assis sur son trône bordelais, à la tête des armées qui débarquaient de l’enfer en différents points de l’Hexagone maudit, à Paris, Marseille ou Metz. Furieux, spontané, sans complexe, l’Envoyé Diabolique s’est progressivement mué en machine de guerre terroriste détruisant tout sur son passage, et faisant salle comble de ses fidèles – c’est-à-dire qu’après son passage, il ne reste que les combles.
Meilleure affaire jamais conclue entre les villes de Bordeaux et Turin depuis le transfert de Zinédine Zidane, J.C. Satàn est d’abord l’association à la fin des années 2000 d’Arthur et Paula : le premier construit des cathédrales de bruit tout en ruptures vertigineuses, la seconde écrit des poèmes liturgiques qui résonneront dans la nef les jours de messe noire : après deux albums peu relayés chez Slovenly Records (Sick Of Love en 2010, et Hell Death Samba en 2011), les amis du label Teenage Menopause prennent les choses en main et éditent Faraway Land (2012), l’album de l’explosion, sur la pochette duquel nos deux compositeurs sont dessinés dans la position de la Vierge à l’Enfant.
Toutefois, le nom de J.C. Satàn ne se réduit pas à ces deux seules figures, et c’est bien un quintet, comme autant d’appendices d’un poing rageur projeté à toute vitesse dans la face des tièdes, qui assome les foules et les tient dans sa paume : et aux côtés des deux ingénieurs en chef qui peaufinent l’armemement en laboratoire (Arthur, scientifique mini- moite, croisement de Mario Bros et d’un tortionnaire khmer, et Paula, figure maternelle dans un monde où les mères arracheraient les ongles de leurs enfants avant de les dévorer), trois soldats s’assurent qu’il déploie toute sa puissance de feu sur le terrain ; Dorian, silhouette longiligne et lunettes d’assassin, martyrise son clavier comme on questionne un hérétique ; Ali, fée déchue et reine des allers-retours sur les manches de basse, propage des vibrations venues des limbes ; et Romain, visage carré au regard fou, poursuit inlassablement sa mission, cogner, cogner, cogner.
Depuis cinq ans, cet assemblage hétéroclite écume les salles de concert, maitrisant l’art de transformer un album en machine à pulvériser les crânes, par la grâce d’un jeu de scène qui confine à la performance, et l’hystérie d’un public qui ne les lâche plus. Ville après ville, tournée après tournée (France, Europe, Etats- Unis), festival après festival (Eurockéennes, Rock-en-Seine, Garorock, Printemps de Bourges, etc.), le char d’assaut bordelais a aplati les bosses et roulé sur le corps des traîtres avec la détermination froide du tueur à gages.
Après deux splits-45 tours en 2013 (« The Moon/The Sun » avec Piresian Beach, et « Ballades à la barrière » avec Regal) et un single sur Trouble in Mind Records en 2014 (« Italian Summer »), le nouvel album arrive début 2015, et relève toujours de la même alchimie de récup’ : sang de guitare et écailles de fûts, rythmique de plomb avec un zeste de cuivres, comptines alambiquées et formules magiques hurlées dans la transe, relevées çà et là d’une trouvaille de saison – la queue de cheval frottée sur des boyaux de chat, plus communément appelée « violon ». Brutal et complexe, furieux et incantatoire, fait de pics et d’à-plats, ce nouvel opus enfonce le clou du black-garage- gospel avec le marteau des dieux vikings, au beau milieu d’un orage de décibels qui préfigure le climat, électriquement surchargé, de chacun des prochains shows de J.C. Satàn. Comme d’hab’, ouais.

Pierre Jouan

 

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