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Ile de Garde, c’est pas juste un jeu de mots de qualité en hommage à la bienheureuse mystique teutonne touche-à-tout, c’est aussi une occasion d’apprendre que oui, l’endroit existe, au bord du lac éponyme, et que non, on a pas les moyens d’y aller. Et c’est le blase choisi par le trio fraîchement signé chez Born Bad/ Carpaccio Cathédrale, qui propose six titres synth-wave en s’appuyant sur une formation batterie / claviers / spoken word. Ce sera pas pour tout le monde, tant mieux.
Plutôt « narratrice » que chanteuse, Klara Coudrais joue les textes, incarne des personnages, fait le show en français et en anglais, selon les circonstances. Le récit expose une colère maîtrisée et clinique, établit les faits, que ce soit un règlement de compte avec un sale type ou observer un couple en train de se défaire. Sylvia Plath façon Diamanda Galás, elle harangue le public, exercice casse-gueule s’il en est. Ca flirte parfois avec le chant, des choeurs viennent en renfort, on est curieux de voir où ça les mène.
Ni John ni Karen Carpenter, Cécile Aurégan, aux synthés, superpose les ritournelles carrées pour produire des espaces sonores denses et enveloppants. Entrée-plat-dessert, mais le trio a l’estomac solide, tournée anglaise l’an dernier oblige.
Et en face, Morgane Poulain tape placidement sur ses fûts, c’est riche, y’a du fill à retordre et de petits breaks discrets. La batterie a l’élégance d’être un peu sous-mixée pour atteindre une couleur d’ensemble hyper-harmonique.
D’un titre à l’autre, le combo ne cède pas à la facilité, même pour “ To Death”, ode à la danse libre en fin d’anthropocène pour gens mal barrés. “Don’t be shy / You know you’re gonna die”, le refrain est connu, elles le revisitent sans se perdre dedans. Clothilde Carton signe la pochette de cet EP mixé à la bonne franquette par Julien Fourcin. Ile de Garde prend la parole, le corps et le récit. Rage Blossom, c’est un début, faut être là.
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Ile de Garde isn’t just a clever pun paying homage to the blessed German mystic and jack-of-all-trades, Hildegarde Von Bingen. It’s the name chosen by three women freshly signed to Born Bad/ Carpaccio Cathédrale, who came bearing gifts : six synth-wave tracks based on a drum/keyboard/spoken word line-up. It won’t be for everyone, and that’s just as well.
More of a narrator than a singer, Klara Coudrais performs the lyrics, embodies characters, and puts on a show, in french and in english. Controlled and clinical anger, putting facts in order, whether it’s settling scores with some violent bloke or scrutinize a couple on the path to a breakup…Sylvia Plath meets Diamanda Galás, heckling the audience gently. It sometimes flirts with singing, with reinforcement coming up as backing vocals. We’re eager to see where it takes them.
Neither John nor Karen Carpenter, Cécile Aurégan layers synths to produce dense, enveloping soundscapes. It’s a full starter-main-dessert, but the trio has a strong stomach.
Morgane Poulain peacefully taps away at her drums, you want fills and breaks, you got it. Drums have been slightly undermixed to achieve rich colors overall on the EP, nice move. Track after track, no-frills post-post punk for your ears, with a few surprises such as « To Death”, nice plea for free dance galore when it’s the end of the world and you know it. Ile de Garde takes the floor, body-wise. Rage Blossom is a beginning, you have to be there.
