
(c)Belle Journée en perspective
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GUILTY RAZORS, PUNKS VRAIS.
Des écrits sur le sujet partant un peu dans tous les sens, des conférences anesthésiantes données par des universitaires, des témoignages la plupart du temps abondamment trafiqués de ceux qui ont « connu l’époque » : aujourd’hui pas mal de gens fantasment sur les débuts du punk dans notre pays… Cet heureux moment où personne n’avait encore pensé à arborer une ridicule crête verte, à prendre Sid Vicious pour un héros, ou – pire encore – à rendre la chose soi-disant alternative à la fois festive et bourrin. Non, rien de cela en 1976 ou 1977, quand il n’était pas facile de se procurer les premiers 45T des Pistols ou de Clash. Pas grand monde n’avait alors connaissance de ce qui se tramait dans la marge de la marge, le nom de Malcolm McLaren était quasiment inconnu et avoir les cheveux courts faisait de vous un mec bizarre … Qui savait alors que le rock qui depuis le début des années 70 avait pris une très mauvaise tournure allait redevenir un élément de libération essentielle ? qu’à coups de morceaux courts et rapides il allait à nouveau retrouver ce côté primaire, social et haïssable par les anciennes générations ? Qui savait cela ? Seulement quelques isolés qui lisaient la presse musicale (mieux encore s’ils la lisaient en anglais) et fréquentaient les bons magasins de disques. Beaucoup de ceux-là formèrent des groupes, car il était impossible de ne pas faire autrement. On passait donc rapidement du stade de celui qui écoute le Velvet au stade de
(becelui qui s’essaie de jouer les intros des Stooges. Une histoire un peu collective quand même, même s’il n’y avait pas grand monde pour la démarrer.
Parmi ceux qui participèrent à cette ébauche de chamboulement, à Paris il y avait les Guilty Razors. Ils n’étaient, loin de là, pas les plus mauvais. Ils avaient un truc bien à eux et avaient même sorti un 45T nettement supérieur à la moyenne nationale. Ils avaient aussi assez de morceau pour remplir un album, celui que vous tenez dans vos mains…. De l’avis de tous, ils ne faisaient absolument pas partie des faussaires du punk comme il y en a eu tant ensuite. Eux au moins ils étaient vrais et crédibles.
Guilty Razors, groupe punk parisien (1975-1978). Pour comprendre quelque chose à leur son un peu linéaire mais tellement énervé, Il faudrait peut-être parler du contexte dans lequel il est né et plus largement se remémorer l’ennui (un thème qui deviendra majeur dans les chansons punk) doublé de l’envie d’envoyer tout balader qui furent au départ de la formation d’une poignée de groupes d’un rock redevenu jeune ; de cette passion pour quelques disques, ceux des Kinks ou des Who du début, des Stooges, du Velvet surtout, qui vous différenciait du commun.
Et bien sûr il faudrait se rappeler de ce vent nouveau, alors porté par de rares articles dans la presse spécialisée et par quelques disquaires à la pointe, qui arrivait de New York ou de Londres et dont on ressentait le petits mais puissants souffles dans la capitale et dans quelques lieux isolés de provinces endormies par tellement de choses consternantes : de Tangerine Dream à Giscard d’Estaing…
La chanson française en 1975/1976 était, elle, comme presque toujours dans un sale état ; c’était encore Johnny et Sylvie partout. Quand au rock local, à part Bijou et Little Bob qui s’essayaient de concerts mal sonorisés en concerts devant presque personne de réveiller c
(e petit monde, c’était plutôt morne plaine.
Dans les banlieues populo à ce moment-là c’était essentiellement le hard rock à fond la caisse qui faisait oublier les trois huit en usine. Par endroits, en bordure des grandes villes, il y avait bien quelques rockys à rouflaquettes portant un brassard noir depuis la mort de Gene Vincent, mais ce n’était pas vraiment un mouvement de masse, juste une source de réel danger pour tous ceux qu’ils croisaient et qui n’étaient pas comme eux… En Aout 1976, Il y avait eu un festival à Mont-de-Marsan différent des autres, le First European Punk Festival, comme il était marqué sur l’affiche, mais il y eu quasiment autant de monde sur la scène que dans le public. Pourtant, ce jour-là il y avait eu un moment quasi historique lorsque sous le cagnard en plein après-midi des inconnus appelés Damned firent entendre dans l’arène un bruit inédit aux relents bordéliques de Stooges retombés en prime adolescence. Ils furent le premier groupe réellement punk à se produire dans notre pays : tout devenait désormais possible, tout semblait presque permis.

Le punk (paink si on le prononce à la française…), il est logique que les quatre+1 de Guilty Razors, qui au départ amplifient leurs guitares bien sèches avec des micros pourris de magnétos, l’adoptent de façon naturelle et instinctive puisqu’il mélange boucan libérateur, vitesse d’exécution et – élément déterminant – un très sain sentiment de révolte (les soixante-huitards clamaient – c’était même un slogan- qu’ils n’étaient pas contre les vieux mais uniquement contre ce qui ce qui les avait fait vieillir. Au milieu des années 70 il semblait normal et évident qu’il fallait désormais s’en prendre AUSSI aux vieux !!!…).
L’envie d’en découdre d’alors, briseuse d’autorité et d’apathie, était de couleur rouge ou noire, elle prenait souvent la forme de distribution de tracts, d’AG tumultueuses sous le préau et de manifs massives ou minables débordant la plupart du temps d’une enthousiasmante vitalité virant parfois à la bagarre avec les CRS. En effet, peu de temps après la fin de la guerre du Vietnam et à la suite du coup d’état de Pinochet au Chili un peu partout dans le pays l’engouement gaucho trotskyste ou anarcho libertaire était solidement ancré dans une partie de la jeune populace scolarisée aussi frondeuse que fouteuse de merde dès que ça lui en était possible. Il faut d’ailleurs souligner que lorsque le 45T « Anarchy in te the UK » se fit entendre pour la première fois, même si nous n’étions pas nombreux à y avoir accès, le titre autant que sa déflagration sonore parlèrent immédiatement à certains de ces énervés en demande justement d’ANARCHIE !!! La frange gauchiste majoritaire, elle, assimilait encore les punks à de jeunes nazillons inconscients. Il faut dire que les photos largement diffusées dans la grande presse, de Siouxsie Sioux avec ses croix gammées n’aidaient pas forcément à l’adhésion des théoriciens du Grand Soir. Il aura fallu que Joe Strummer présente Clash comme un groupe anti-raciste, anti- fasciste et anti-ignorance pour que le rejet des révolutionnaires à l’ancienne s’estompe un peu.
Le lycée Jean-Baptiste Say à la Porte d’Auteuil, pourtant situé dans le très huppé et logiquement préservé seizième arrondissement parisien, n’échappait pas à ces soubresauts « engagés » qui faisaient aussi office de parfait défouloir générationnel pour les moins timorés.
« A l’époque, la politique c’était rigolo », raconte Tristam Nada élève dans ce bahut, qui va être parachuté chanteur de Guilty Razors. « Jean-Baptiste c’était le lycée gauchiste du quartier. Quand les mecs d’extrême droite du GUD y descendaient, ceux de la Ligue Communiste venus d’ailleurs nous aidaient à les repousser. »
Tout ce qui pouvait défier l’autorité était bon à prendre, et évidemment les grèves pour à peu près n’importe quel prétexte vont en toute logique se prolonger par des séchages de cours de plus en plus fréquents (avec un adieu définitif aux études qui bien sûr ne tardera pas). Sa classe de seconde, puis celle de première inachevée, Tristam Nada les partage avec José Perez, venu d’Espagne dont le père, concierge, avait été condamné à mort par Franco. « José a orienté mes gouts vers des choses solides comme les Who. Comme la plupart des ados j’avais auparavant ingurgité à peu près tout ce qui se présentait à moi, de Yes à Led Zeppelin en passant par Genesis. Je découvrais… Et puis un jour il m’a dit qu’avec son frère Carlos ils voulaient monter un groupe de rock. » Les deux Perez jouaient déjà de la guitare (« Normal, ils étaient espagnols ! », s’amuse leur chanteur. « Puis un peu à contre cœur, José s’est mis à basse, nous avons été ensuite rejoints par Jano – qui prit le pseudo de Jano Homicid – lequel s’est mis à la guitare rythmique. » Plusieurs batteurs vont par la suite grossir ce noyau dur, un terme d’ailleurs assez bien approprié puisqu’on a là affaire à de jeunes garçons peu farouches qui ne s’en laissent pas conter quand l’adversité est dans l’air.

Pour ceux qui désormais choisissent de s’appeler Guilty Razors les premières répétitions s’organisent dans la chambre d’une tante Perez. Là, les trois novices s’essaient d’abord à reprendre quelques standards, des morceaux qui souvent font partie intégrante de leur vie. Lors d’un premier et court concert, devant un public décontenancé de rudes rockers à l’ancienne, en bons kamikazes électriques ils vont par exemple se lancer dans une version brinquebalante d‘« Heroin » du Velvet Underground. Défi ou inconscience ? Sûrement un peu des deux… Et puis, pas à pas, leur mince répertoire s’étoffe, ils ont en effet décidé de composer leurs propres morceaux ; des chansons interprétées dans un anglais pas toujours très fidèle et académique : mais qu’importe les règles grammaticales ou le juste vocabulaire, puisque l’essentiel c’est avant tout de faire sonner les mots du mieux possible pendant que derrière ça joue très très vite, l’important aussi c’est que les choses dites soient crachées dans un langage qui ne laisse aucun doute sur ce qu’il véhicule.
S’essayer à une sorte de rock détestée par une bonne partie du voisinage, faire du bruit, avoir une attitude provocatrice bien marquée : ils ne sont pas encore nombreux ceux qui à ce moment précis ont choisi d’imposer cette différence. Ils ne sont pas non plus vraiment nombreux les lieux, en France comme ailleurs, où l’on peut avoir accès aux premiers soubresauts de ce qui n’est pas encore une mode et encore moins un mouvement.
En province, à la fin 1976 ou au début 1977, il n’y a peut-être pas plus d’une trentaine d’endroits, des disquaires un peu plus avisés que la moyenne, où l’on peut entendre cette sorte de nouveau rock à cheveux courts que l’on appelle « punk ». L’ancienne clientèle qui auparavant venait sans problème y acheter son dernier McCartney ou son Aerosmith annuel s’y sent d’ailleurs désormais un peu moins à l’aise…
A Paris les lieux un peu mieux éclairés sont assez rares, souvent géographiquement proches du Trou des Halles qui n’a pas encore été entièrement recouvert par un forum de grosses enseignes commerciales. Entre trois prostituées en fin de carrière, deux friperies et marchands de babioles post-Katmandou ou petits créateurs de mode ; la bonne parole est bruyamment portée dans deux espaces pionniers, propagateurs de ce qui n’est encore qu’un nouvel underground. Historiquement, il y a d’abord l’Open Market, une sorte de caverne mal achalandée, mais achalandée avec gout. Des baffles s’y échappe à fort volume le son des garage bands sixties de la compilation Nuggets (une référence essentielle pour José Perez) ou celui des gamins anglais mal attifés d’Eddie and the Hot Rods. L’antre peinte en noir a été ouverte quelques années auparavant par Marc Zermati, un personnage pas toujours bien luné mais toujours assez radical dans ses (bons) choix et dans ses propos. Il a fondé le label indépendant Skydog et a été l’un des organisateurs des festivals punk de Mont-de-Marsan. Pas très loin de là il y a Harry Cover, un autre magasin plus branché nouvelle scène new-yorkaise, laquelle est largement révélée dans le fanzine maison (même si ce sont dans ses pages qu’ont été publiées pour la première fois en France des photos des Sex Pistols) : Rock News.
C’est plutôt là que les frères Pérez et Tristam Nada trainent le plus souvent, comme l’explique ce dernier. « C’est chez Harry Cover que nous avons entendu pour la première fois les 45t des Pistols et des Clash, c’est d’ailleurs suite à ça que nous avons décidé, nous aussi, de nous lancer dans nos propres compos. Si eux y arrivaient, on pouvait le faire aussi ! »
Les chocs sonores que sont « Anarchy in the UK », « White Riot » ou le EP « Spiral Scratch » de Buzzcocks, auquel le son de Guilty Razors peut d’ailleurs faire penser, vont bientôt être amplifiés par un choc visuel sans équivalent. En avril 1977, en effet, The Clash, dont le premier album vient tout juste de sortir, se produit à Paris au Palais des Glaces au cours d’une nuit punk organisée par Marc Zermati. Pour pas mal de personnes présentes ce soir-là, ce fut le concert leur vie…
Bien sûr les Guilty Razors et Tristam étaient dans le public : « Ce concert avait été fabuleux… Nous les keupons parisiens nous étions quasiment tous habillés de noir et de blanc, chemises blanches, petites cravates en cuirs, Perfectos ou petites vestes etc. Les Clash eux, ils avaient des fringues colorées. Et bien dès le lendemain au Gibus tu retrouvais tous ceux qui avaient assisté au concert, mais ils n’avaient plus rien de noir sur eux, ils portaient tous des couleurs.»

Il est logique de citer le Gibus Club, les Guilty Razors vont souvent s’y produire (parfois d’ailleurs face à un public hostile) : puisque c’est encore l’unique lieu de la capitale qui programme régulièrement la nouvelle scène parisienne ou anglo-saxonne, Generation X, Siouxsie and the Banshees, les Slits, Johnny Thunders, qui va un peu devenir la mascotte déglinguée de l’endroit, vont ainsi s’y succéder. Un peu tard, dès 1978, le Rose Bonbon – l’ex Nashville – attirera aussi les noctambules en demande de décharges électriques… Au Gibus en 77 les emblématiques mais pas forcément excellents Asphalt Jungle y jouent souvent, partageant parfois l’affiche avec Metal Urbain, le seul groupe dont l’aura va par la suite dépasser les frontières de l’Hexagone (« Je les voyais comme les Sex Pistols français », expliquera d’ailleurs Geoff Travis, le patron de leur label anglais Rough Trade). Metal Urbain, justement, déjà installés dans ce mini paysage, ils vont aider les jeunes et fougueux Guilty Razors qui débarquent tout juste. Hermann Schwartz, qui fut le guitariste de Metal Urbain, s’en souvient « Ils étaient plus jeunes que nous, on était donc un peu leurs parrains même si le mot est bien sur un peu fort… Eux au moins ils étaient crédibles. On les trouvait bons et en plus ils avaient des bonnes chansons qui me rappelaient celles de Buzzcocks que j’aimais beaucoup. Mais à partir d’un moment ils se sont acoquinés avec des Hells Angels. Et là on ne les a plus suivis. »
Une rupture partagée, puisque de leur côté, les Guilty Razors voient d’un très mauvais œil apparaître dans des concerts de Métal U une frange du public qui se lance dans des Sieg Heil à répétitions en faisant le salut nazi… Des provocations, même si elles ne sont encore qu’à deux balles (le gros de la troupe skinhead ne se manifestera lourdement qu’un peu plus tard dans les concerts), qui ne sont pas vraiment du gout des frères Perez dont les convictions anti fascistes sont évidemment solidement ancrées. Il y a des choses sur lesquelles on ne transige pas.
Quelques mois auparavant (en juillet 78) les « Rasoirs coupables » auront quand même fait une première partie très réussie de Metal Urbain au Bus Palladium ; une boite de nuit plus traditionnellement rock à l’ancienne (Téléphone y avait par exemple enregistré un 45T). Mais comme cela pouvait parfois se passer à l’époque ; la soirée s’était ensuite transformée en bagarre générale avec des rockers de banlieue venus là pour « casser du punk ».
Les nuits parisiennes d’alors n’étaient en effet pas toujours faites de douceur et de sérénité.
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C’est ainsi qu’après avoir assuré comme ils le pouvaient une première partie de The Jam, leur son ayant été massacré à la sono, nos Guilty locaux seront attendus à la sortie par – encore – une horde de rockys à bananes voulant leur faire la peau. « Heureusement, raconte Tristam. Nous étions accompagnés de nos roadies, des Bikers sans motos qui ont fait rempart. Cela s’est ensuite poursuivie dans les rues avoisinantes puis s’est terminée devant un troquet avec le patron sortant une carabine… »
Si Tristam et les frères Perez échappent in extremis à divers aléas qui auraient pu devenir sanglants, ils ne seront pas non plus totalement innocents de tout méfait. L’épisode dans lequel ils braquent dans la rue deux inconnus continue par exemple de les amuser (« nous étions fauchés et nous voulions simplement nous payer des places pour le concert des Heartbreakers qui jouaient ce soir-là », raconte Tristam). Ils se trouve que leurs victimes étaient deux personnages incontournables dans le business rock d’alors : l’animateur radio Alain Manneval et l’éditeur musical Philippe Constantin. Ils déposèrent plainte, demandèrent une réparation monétaire, mais on ne sait trop comment le manager du groupe, l’habile mais plus que controversé (et très escroc selon tous ceux qui l’ont côtoyé) Alexis, se débrouilla pour que la plainte soit retirée et que Guilty Razors finisse par signer en édition avec Constantin avec une avance conséquente.…
L’autre signature, elle, se fit avec Polydor, la maison de disques qui sortit en 1978 leur unique 45T trois titres « I Don’t Wanna be A Rich », « Hurts and Noises », « Provocate » (des morceaux qui transpiraient la révolte perpétuelle et une envie d’affrontement « de classe » jamais éteint). Un disque vraiment très bon mais qui, pour cause de manque de promo (les radios ne passaient pas d’artistes français chantant en anglais), ne se vendit pas beaucoup ; on parle de 800 exemplaires… le reste du stock partit au pilon… Au départ les trois morceaux devaient être inclus sur un album qui ne vit jamais le jour pour cause de mise à la porte de chez Polydor (« il faut dire que parfois il nous arrivait de mettre un peu le souque chez eux ! », se marre Tristam. Dans le but de parfaire le 33T tant espéré, le groupe maquetta d’autres titres. Il y avait là – preuve d’un bon gout sixties jamais renié – une version de « Lucifer Sam » de Pink Floyd époque Syd Barrett, « Wake Up », une histoire de lendemain de cuite et « Bad Heart » qui évoquait la bande à Baader dont les actions avaient tellement marqué l’époque et une partie d’une génération en demande de dissidence extrême… Sur l’album que vous découvrez maintenant, on entend aussi cinq inédits enregistrés un peu plus tard lors d’un séjour aussi prolongé que glacial à Madrid ; faits dans un studio de fortune mais avec l’aide précieuse d’un batteur qui était aussi ingénieur du son. Un vieux hippie enthousiaste qui s’est avéré être un vrai as du bricolage sonore. Là aussi, certaines influences fifties et sixties du groupe (Link Wray, Troggs) paraissaient plus qu’évidentes.
C’est peu après un dernier tour de piste houleux et plutôt barbare du côté du public, lors d’une « Nuit Punk » à l’Olympia en juin 1978, que Tristam quitta le groupe ; ses comparses continuant un petit moment sans lui.
Mais comme la plupart des groupes pionniers punks de l’époque, Guilty Razors finira par se séparer définitivement au bout de trois ans (à part une fois en Espagne, ils n’auront en fait joué qu’à Paris). Les causes de cessation d’activités étant à peu près les mêmes pour tous : pas d’endroits hors son petit circuit pour jouer cette sorte de rock qui faisait encore peur, était inconnu ou n’intéressait pas grand monde. Des probabilités quasiment nulles d’enregistrer un album : les grosses maisons de disques ne signant que des sous Téléphone sans originalités mais rassurants et les petits labels de l’époque ne s’intéressant qu’au rock progressif ou à la chanson à texte pour MJC. Quand à l’autoproduction ? Personne dans notre petit monde à épingles à nourrices n’y pensait encore. De toute façon, personne n’avait assez d’argent pour se lancer dans de pareilles entreprises.
Oui, les débuts du punk en France c’était vraiment le No Future !
Eric Tandy
(Novembre 2025)

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GUILTY RAZORS, BONA FIDE PUNKS.
Writings on the topic that go off in all directions, mind-numbing lectures given by academics, and testimonies, most of them heavily doctored, from those who “lived through that era”: so many people today fantasize about the early days of punk in our country… This blessed moment when no one had yet thought of flaunting a ridiculous green mohawk, taking Sid Vicious as a hero, or – even worse – making the so-called alternative scene both festive and boorish. There was no such thing in 1976 or 1977, when it wasn’t easy to get hold of the first 45s by the Pistols or the Clash. Few people were aware of what was happening on the fringes of the fringes at the time. Malcolm McLaren was virtually unknown, and having short hair made you seem strange. Who knew then that rock music, which had taken a very bad turn since the early 1970s, would once again become an essential element of liberation? That, thanks to short and fast songs, it would once again rediscover that primitive, social side that was so hated by older generations? Who knew that, besides a few loners who read the music press (it was even better if they read it in English) and frequented the right record stores? Many of these formed bands, because it was impossible to do otherwise. We quickly went from listening to the Velvet Underground to trying to play the Stooges’ intros. It’s a somewhat collective story, even though there weren’t many people to start it.
The Guilty Razors were among those who took part in this initial upheaval in Paris. They were far from being the worst. They had something special and even released a single that was well above the national average. They also had enough songs to fill an album, the one you’re holding. In everyone’s opinion, they were definitely not among the punk impostors that followed in their wake. They were, at least, genuine and credible.
Guilty Razors, Parisian punk band (1975-1978). To understand something about their somewhat linear but very energetic sound, we might need to talk about the context in which it was born and, more broadly, recall the boredom (a theme that would become capital in punk songs) coupled with the desire to blow everything off, which were the basis for the formation of bands playing a rejuvenated rock music ; about the passion for a few records by the Kinks or the early Who, by the Stooges, by the Velvet mostly, which set you apart from the crowd.
And of course, we should remember this new wave, which was promoted by a few articles in the specialized press and some cutting-edge record stores, coming from New York or London, whose small but powerful influence could be felt in Paris and in a handful of isolated places in the provinces, lulled to sleep by so many appalling things, from Tangerine Dream to President Giscard d’Estaing…
In 1975-76, French music was, as almost always, in a sorry state ; it was still dominated by Johnny Hallyday and Sylvie Vartan. Local rock music was also rather bleak, apart from Bijou and Little Bob who tried to revive this small scene with poorly sound-engineered gigs played to almost no one.
In the working class suburbs at the time, it was mainly hard rock music played to 11 that helped people forget about their gruelling shifts at the factory. Here and there, on the outskirts of major cities, you still could find a few rockers with sideburns wearing black armbands since the death of Gene Vincent, but it wasn’t a proper mass movement, just a source of real danger to anyone they came across who wasn’t like them. In August 1976, a festival unlike any other took place in Mont-de-Marsan – the First European Punk Festival as the poster said – with almost as many people on stage as in the audience. Yet, on that day, a quasi historical event happened, when, under the blazing afternoon sun, a band of unknowns called The Damned made an unprecedented noise in the arena, reminiscent of the chaotic Stooges in their early adolescence. They were the first genuine punk band to perform in our country: from then on, anything was possible, almost anything seemed permissible.

It makes sense that the four+1 members of Guilty Razors, who initially amplified acoustic guitars with crappy tape recorder microphones, would adopt punk music (pronounced paink in French) naturally and instinctively, since it combines liberating noise with speed of execution and – crucially – a very healthy sense of rebellion (the protesters of May 1968 proclaimed, and it was even a slogan, that they weren’t against old people, but against what had made them grow old. In the mid-1970s, it seemed normal and obvious that old people should now ALSO be targeted!!!).
At the time, the desire to fight back, and break down authority and apathy, was either red or black, often taking the form of leafleting, tumultuous general assemblies in the schoolyard, and massive or shabby demonstrations, most of the time overflowing with an exciting vitality that sometimes turned into fights with the riot police. Indeed, soon after the end of the Vietnam War and following Pinochet’s coup in Chile, all over France, Trotskyist and anarcho-libertarian fervour was firmly entrenched among parts of the educated youth population, who were equally rebellious and troublemakers whenever they had the chance. It should also be noted that when the single “Anarchy in the UK” was first heard, even though not many of us had access to it, both the title and its explosive sound immediately resonated with some of those troublemakers crying out for ANARCHY!!! Meanwhile, the left-wing majority still equated punks with reckless young neo-Nazis. Of course, the widely circulated photos in the mainstream press of Siouxsie Sioux with her swastikas didn’t necessarily help to win over the theorists of the Great Revolution. It took Joe Strummer to introduce The Clash as an anti-racist, anti-fascist and anti-ignorance band for the rejection of old-school revolutionaries to fade a little.
The Lycée Jean-Baptiste Say at Porte d’Auteuil, despite being located in the very posh and very exclusive 16th arrondissement of Paris, didn’t escape these “committed” upheavals, which doubled as the perfect outlet for the less timid members of this generation.
“Back then, politics were fun,” says Tristam Nada, who studied there and went on to become Guilty Razors’ frontman. “Jean-Baptiste was the leftist high-school in the neighbourhood. When the far right guys from the GUD came down there, the Communist League guys from elsewhere helped us fight them off.”
Anything that could challenge authority was fair game and of course, strikes for just about any reason would lead to increasingly frequent truancy (with a definitive farewell to education that would soon follow). Tristam Nada spent his 10th and 11th unfinished grades with José Perez, who had come from Spain, where his father, a janitor, had been sentenced to death by Franco. “José steered my tastes towards solid acts such as The Who. Like most teenagers, I had previously absorbed just about everything that came my way, from Yes to Led Zeppelin to Genesis. I was exploring… And then one day, he told me that he and his brother Carlos wanted to start a rock band.” The Perez brothers already played guitar. “Of course, they were Spanish!”, jokes their singer. “Then, somewhat reluctantly, José took up the bass and we were soon joined by Jano – who called himself Jano Homicid – who took up the rhythm guitar.” Several drummers would later join this core of not easily intimidated young guys who didn’t let adversity get the better of them.
The first rehearsals of the newly named Guilty Razors took place in the bedroom of a Perez aunt. There, the three rookies tried to cover a few standards, songs that often were an integral part of their lives. During a first, short gig, in front of a bewildered audience of tough old-school rockers, they launched into a clunky version of the Velvet Underground’s “Heroin”. Challenge or recklessness? A bit of both, probably… And then, step by step, their limited repertoire expanded as they decided to write their own songs, sung in a not always very accurate or academic English, but who cared about proper grammar or the right vocabulary, since what truly mattered was to make the words sound as good as possible while playing very, very fast music? And spitting out those words in a language that left no doubt as to what it conveyed mattered as well.
Trying their hand a the kind of rock music disliked by most of the neighbourhood, making noise, being fiercely provocative: they still belonged to a tiny clique who, at this very moment, had chosen to impose this difference. And there were very few places in France or elsewhere, where one could witness the first stirrings of something that wasn’t a trend yet, let alone a movement.

In the provinces, in late 1976 or early 1977, there couldn’t be more than thirty record stores that were a bit more discerning than average, where you could hear this new kind of short-haired rock music called “punk”. The old clientele, who previously had no problem coming in to buy the latest McCartney or Aerosmith LP, now felt a little less comfortable there…
In Paris, these enlightened places were quite rare and often located nex to what would become the Forum des Halles, a big shopping mall. Between three aging sex workers, a couple of second-hand clothes shops, sellers of hippie paraphernalia and small fashion designers, the good word was loudly spread in two pioneering places – propagators of what was still only a new underground movement. Historically, the first one was the Open Market, a kind of poorly, but tastefully stocked cave. Speakers blasted out the sound of sixties garage bands from the Nuggets compilation (a crucial reference for José Perez) or the badly dressed English kids of Eddie and the Hot Rods. This black-painted den was opened a few years earlier by Marc Zermati, a character who wasn’t always in a sunny disposition, but always quite radical in his (good) choices and his opinions. He founded the independent label Skydog and was one of the promoters of the Mont-de-Marsan punk festivals. Not far from there was Harry Cover, another store more in tune with the new New York scene, which was amply covered in the house fanzine, Rock News (even though it was in it that the photos of the Sex Pistols were first published in France).
It was a favorite hang-out of the Perez brothers and Tristam Nada, as the latter explained. “It’s at Harry Cover’s that we first heard the Pistols and Clash’s 45s, and after that, we decided to start writing our first songs. If they could do it, so could we!”
The sonic shocks that were “Anarchy in the UK”, “White Riot” or the Buzzcocks’s EP, “Spiral Scratch” – which Guilty Razors’ sound is reminiscent of – were soon to be amplified by an unparalleled visual shock. In April 1977, right after the release of their first LP, The Clash performed at the Palais des Glaces in Paris, during a punk night organised by Marc Zermati. For many who were there, it was the gig of a lifetime…
Of course, Guilty Razors and Tristam were in the audience: “That concert was fabulous… We Parisian punks were almost all dressed in black and white, with white shirts, skinny leather ties, bikers jackets or light jackets, etc. The Clash, on the other hand, wore colourful clothes. Well, the next day, at the Gibus, you’d spot everyone who had been at this concert, but they weren’t wearing anything black, they were all wearing colours.”
It makes sense to mention the Gibus club, as Guilty Razors often played there (sometimes in front of a hostile audience). It was also the only place in Paris that regularly scheduled new Parisian or Anglo-Saxon acts, such as Generation X, Siouxsie and the Banshees, the Slits, and Johnny Thunders who would become a kind of messed-up mascot for the venue. A little later, in 1978, the Rose Bonbon – formerly the Nashville – also attracted nightly owls in search of electric thrills… In 1977, the iconic but not necessarily excellent Asphalt Jungle often played at the Gibus, sometimes sharing the bill with Metal Urbain, the only band whose aura would later transcend the French borders (“I saw them as the French Sex Pistols,” said Geoff Travis, head of their British label Rough Trade). Already established in this small scene, Metal Urbain helped the young and restless Guilty Razors who had just arrived. Guitarist for Metal Urbain Hermann Schwartz remembers it: “They were younger than us, we were a bit like their mentors even if it’s too strong a word… At least they were credible. We thought they were good, and they had good songs which reminded of the Buzzcocks that I liked a lot. But at some point, they started hanging out with the Hells Angels. That’s when we stopped following them.”

The break-up was mutual, since, Guilty Razors, for their part, were shocked when they saw a fringe element of the audience at Metal Urbain concerts who repeatedly shouted “Sieg Heil” and gave Nazi salutes. These provocations, even still minor (the bulk of the skinhead crowd would later make their presence felt during concerts), weren’t really to the liking of the Perez brothers, whose anti-fascist convictions were firmly rooted. Some things are non-negotiable.
A few months earlier (in July 1978), Guilty Razors had nevertheless opened very successfully for Metal Urbain at the Bus Palladium, a more traditonally old-school rock night-club. But, as was sometimes the case back then, the night turned into a mass brawl when suburban rockers came to “beat up punks”.
Back then, Parisian nights weren’t always sweet and serene.
So, after opening as best as they could for The Jam (their sound having been ruined by the PA system), our local heroes were – once again – met outside by a horde of greasers out to get them. “Thankfully,” says Tristam, “we were with our roadies, motorless bikers who acted as a protective barrier. We were chased in the neighbouring streets and the whole thing ended in front of a bar, with the owner coming out with a rifle…”
Although Tristam and the Perez brothers narrowly escaped various, potentially bloody, incidents, they weren’t completely innocent of wrongdoing either. They still find amusing their mugging of two strangers in the street for example (“We were broke and we simply wanted to buy tickets for the Heartbreakers concert that night,” says Tristam). It so happened that their victims were two key figures in the rock business at the time: radio presenter Alain Manneval and music publisher Philippe Constantin. They filed a complaint and sought monetary compensation, but somehow the band’s manager, the skilful but very controversial Alexis, managed to get the complaint withdrawn and Guilty Razors ended up signing with Constantin with a substantial advance.

They also signed with Polydor and the label released in 1978 their only three-track 45, featuring “I Don’t Wanna be A Rich”, “Hurts and Noises” and “Provocate” (songs that exuded perpetual rebellion and an unquenchable desire for “class” confrontation). It was a very good record, but due to a lack of promotion (radio stations didn’t play French artists singing in English), it didn’t sell very well. Only 800 copies were allegedly sold and the rest of the stock was pulped… Initially, the three tracks were to be included on a LP that never came to be, since they were dropped by Polydor (“Let’s say we sometimes caused a ruckus in their offices!” laughs Tristam.) In order to perfect the long-awaited LP, the band recorded demos of other tracks. There was a cover of Pink Floyd’s “Lucifer Sam” from the Syd Barrett era – proof of an enduring love for the sixties’ greats –, “Wake Up” a hangover tale and “Bad Heart” about the Baader-Meinhof gang, whose actions had a profound impact on the era and on a generation seeking extreme dissent… On the album you’re now discovering, you can also hear five previously unreleased tracks recorded a bit later during an extended and freezing stay in Madrid, in a makeshift studio with the invaluable help of a drummer also acting as sound engineer. He was both an enthusiastic old hippie and a proper whizz at sound engineering. Here too, certain influences from the fifties and sixties (Link Wray, the Troggs) are more than obvious in the band’s music.
Shortly after a final stormy and rather barbaric (on the audience’s side) “Punk night” at the Olympia in June 1978, Tristam left the band ; his bandmates continued without him for a short while.
But like most pioneering punk bands of the era, Guilty Razors eventually split up for good after three years (besides once in Spain, they’d only played in Paris). The reason for ceasing business activities were more or less the same for everyone: there were no venues outside one’s small circuit to play this kind of rock music, which was still frightening, unknown, or of little interest to most people. The chances of recording an LP were virtually null, since major labels were only signing unoriginal but reassuring sub-Téléphone clones, and the smaller ones were only interested in progressive rock or French chanson for youth clubs. And what about self-production? No one in our small safety-pinned world had thought about it yet. There wasn’t enough money to embark on that sort of venture anyway.
So yes, the early days of punk in France were truly No Future!
Eric Tandy
(November 2025)
Traduction: Isabelle Chelley
