WIZZZ volume 1 Cover

INFOS RELEASES

artist : Various Artists

Release date : 2006
genres : various
format : VINYL/ DIGITAL
reference : BB037

BB037 – WIZZZ French psychorama 1966-1970 VOLUME 1

Best ever french 60’s compilation…Originally released in 2001….

All the tracks have become classic

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CHARLOTTE LESLIE

EN OUVERTURE, le détonnant « Les filles c est fait… pour faire l’amour » de Charlotte Leslie, une adaptation du « We got a thing that’s in the groove » des Capitols (cf « Cool jerk »). L’ajout de fuzz et les sulfureuses paroles de Bob du Pac permettent à la version de Charlotte Leslie de largement dépasser l’original. Pour l’anecdote les chœurs sont l’œuvre de Serge Koolen qui après avoir fondé les Baine Diconc et Les Piteuls deviendra membre du groupe Il était une fois (« J’ai encore rêvé d’elle »). Charlotte Leslie, de son vrai nom Rosetta Aiello, est née à Gabès en Tunisie. Ses parents italiens immigrent en France au début des années 50 pour s’installer à Lens avec ses 9 frères et sœurs. Peu douée pour les études, Rosetta commence à tra­vailler dès 13 ans dans un atelier de confection.

Son père la pousse à s’inscrire au tremplin annuel organisé par La Voix du Nord (1967). Le concours est chaperonné par Lucien Morisse des disques AZ et parrainé, cette année là, par Mick Micheyl. Rosetta le remporte à l’unanimité avec la chanson « Le Ciel d’Italie » écrite pour elle par son père. Elle a alors 20 ans. Toujours en quête de nouveaux talents, Lucien Morisse lui offre l’opportunité de sortir son premier disque chez AZ sous le pseudo de Catherine Alpha. Il lui présente Jimmy Walter, ami et parolier de Boris Vian (« On n’est pas là pour se faire engueuler » notamment), qui écrit les textes de ses premières chansons (« Pris au piège », « Ton regard »). Ce premier disque remporte un certain succès grâce à un passage massif sur les ondes d’Europe 1 dont Lucien Morisse s’occupe également. Un second EP paraît chez AZ, puis Rosetta signe chez Polydor.

Son ami et chanteur à succès Guy Mardel (« N’avoue jamais ») lui suggère alors le pseudonyme de Charlotte Leslie (Leslie étant le terme technique pour désigner le vibrato des orgues Hammond). Son premier EP chez Polydor dont est extrait « Les filles c’est fait… » tranche avec ce qu’elle faisait auparavant. On se demande d’ailleurs comment la gentille Rosetta a accepté d’interpréter ce titre qui fait un peu tâche dans sa carrière de chanteuse populaire française. L’accueil du titre est plutôt houleux et de nombreuses radios doivent se résoudre à le déprogrammer sous la pression d auditeurs choqués. Peu importe sa carrière est lancée. Dans la foulée, elle sort 2 nouveaux EP et effectue de nombreuses tournées. En vedette américaine de Claude François dans toute la France (1967), en première par­tie d’Adamo en Belgique, puis en tête d’affiche en Europe de l’Est (Roumanie, Hongrie… notamment).

Elle se retire de la chanson avant de faire un come-back au début des années 80 sous le nom de Rosa Borg (du nom dejeune fille de sa mère) mais sans grand suc­cès. Rosetta travaille désormais au comité d’entreprise d’un grand magasin parisien et continue d écrire pour son plaisir.

 

 

CHRISTIE LAUME

 

AVEC « Rouge rouge », Christie Laume nous livre son troisième EP. Pas d autres informations hélas concernant cette artiste à la carrière éclair. Nous ne serions trop vous recommander l’écoute d’« Agathe ou Christie » qui revisite de façon très personnelle l’affaire du crime de l’Orient Express.

 

 

FLEURS DE PAVOTS

 

IMPOSSIBLE de rester insensible au détonnant et jubilatoire « À dégager » des mythiques Fleurs de Pavots. Ce titre est incontestablement l’une des pierres d’angle de la pop en France. Si l’on s’en tient à la biographie reproduite sur leur unique album, les Fleurs de Pavots sont nés de la rencontre de Pat Parker dit Groovy Pat originaire de Londres et Jésus de San Francisco sur un bateau à destination de Saint-Tropez. Tous deux s’y rendent pour voir les Soft Machine qui accompagnent la pièce délirante de Picasso « Le Désir Attrapé par La Queue ». Assis à une terrasse de café, ils découvrent médusés Zorba (Le Catalan), et Siddartah qui font la manche. Ils décident d’un commun accord de former un groupe : Les Fleurs de Pavots sont nés ! Depuis la formidable découverte de Polnareff en train de mendier et gratouiller sa gui­tare sur le parvis du Sacré Cœur, on n’avait pas vu une aussi belle histoire… Ah, ah, ah ! La réalité est hélas toute autre et leur histoire nettement moins exaltante. Celle-ci prend naissance dans le Pas-de-Calais sur les cendres des Bourgeois de Calais, groupe twist le plus populaire du Nord de la France.

Le départ au service national de leur leader Patrick Legros marque momentanément l’arrêt du groupe. Patrick Legros est affecté à la Santé au Centre de recensement de Cambrai où il retrouve Jean-Pierre Castelain, un ami pensionnaire du Lycée de Saint- Omer, venu faire ses troisjours. Ce dernier officie alors dans les Yeomens qui se produisent dans la région de Saint-Omer. Ils échangent leur coordonnées et promettent de se revoir.

À sa libération, Patrick Legros espère relancer les Bourgeois de Calais (65), il recon­tacte à cet effet Jean-Pierre Castellain qui accepte de faire la guitare et le chant, per­suade Claude Lachèvre, membre original du groupe, de reprendre du service à la bat­terie et sollicite Jacques Gressier qu’il connaît depuis le collège pour faire l’orgue. Ils se produisent alors dans tous le Pas-de-Calais avec plus ou moins de succès lorsqu’ils rencontrent Maurice Erath au cours d un concert au Touquet. Riche patron d’une société de produits laitiers des Halles, Maurice Erath leur propose de devenir leur agent (Les plus avertis, trouveront que ce n’est pas sans rappeler l’aventure de Dany Logan et Les Pirates).

Ils montent donc à Paris, et habitent chez Maurice Erath qui leur trouve des cachets ci et là. Les Bourgeois de Calais jouent ainsi plusieurs mois à Pigalle au Dracula, boîte sordide à Strip-tease où toute une faune hétéroclite se retrouve. Ils y partagent la vedette avec le King Set dont le chanteur n’est autre que Michel Jonasz (cf « Super Nana » en 1972). Un soir, pendant leur show, une bagarre entre deux bandes rivales de Blousons noirs dégénère et fait un mort. Le Dracula les congédie, la galère reprend. Claude Lachèvre, lassé de ces pérégrinations, abandonne le groupe et repart pour le Pas-de-Calais où il devient kinésithérapeute. Joël Parmentier prend alors sa place à la batterie. Dans l’impasse, ils démarchent Jean-Pierre Rawson, directeur de l’agence artis­tique du Théâtre des Champs Élysées qui s’occupe déjà de Julie Driscol, Tom Jones, Herbert Léonard et des Aphrodite’s Child.

L’arrivée de ce groupe désœuvré est une aubaine pour Jean-Pierre Rawson qui y voit l’opportunité de lancer le premier groupe hippy français. Les Bourgeois de Calais deviennent ainsi Les Fleurs de Pavots. Pour que l’imposture soit complète, Jean- Pierre Rawson les affuble de pseudonymes appropriés1 et leur crée un nouvel uni­vers de circonstance (look plus hippy tu meurs). Il demande à Jean-Claude Vannier, qui n’est pas encore l’auteur compositeur à succès que l’on connaît (Gainsbourg « Mélodie Nelson », Michel Jonasz…), et Sébastien Poitrenaud de leur écrire quelques chansons.

« Dîtes-le avec des fleurs de pavots », « À dégager», « La puissance des ténèbres»… voient ainsi rapidement le jour.

Afin de roder ses poulains, et grâce à ses relations, Jean-Pierre Rawson leur dégote une place au très prisé Papagayo de Saint-Tropez où ils se produisent pendant quatre mois. Ils jouent aussi au Golf Drouot et au Bilboquet où le tout-Paris se bous­cule pour voir le show le plus incroyable du moment (Projections hallucinantes, décors délirants).

Ils font alors une première maquette au studio de Bernard Estardy (organiste talentueux de Nino Ferrer et arrangeur de génie). La démo est transmise à Mercury qui accep­te aussitôt de produire leur album (1967). Il retournent alors chez Bernard Estardy, où ils enregistrent de nuit leur album en une prise et moins de 5 heures de studio. Ils profitent de la cession pour enregistrer aussi « Le train de 00 h 1 3 » et « La gar­çonnière » qui feront I objet d un single ultérieur. L’album trop novateur est un échec commercial (moins de 1000 ex. vendus) et le groupe se sépare rapidement. Jacques Gressier monte alors un groupe de variétés qui se produit dans les bals du Pas-de-Calais. Jean-Pierre Castellain devient dans les années 70 I agent de Patrick Juvet. Il sort sous son nom deux albums, dont « runambule » et co-écrit le LP « Entr’acte » de Françoise Hardy. Patrick Legros après avoir travaillé 20 ans à l’aé­rospatiale, est désormais gérant d’un étang de pêche au Touquet et Joël Parmentier vit aujourd’hui en Angleterre.

 

 

DANYEL GERARD

 

UN FRÉMISSEMENT a dû vous parcourir I échine à la lecture du tracklisting, en découvrant sur celui-ci la présence de Danyel Gérard. Il est vrai que l’ancien Chanteur à la Croix de Bois jouit aujourd ‘hui d ‘une assez mauvaise réputation. Pourtant, initié à la guitare par son ami d’enfance Nino Ferrer, Danyel Gérard sera l’un des pionniers du Rock’n’Roll en France. Il enregistre ainsi, dès 58, sur des paroles de Boris Vian, le rock’n’rollien « D’où viens-tu Billy Boy ». Le public sceptique et I armée enrayent temporaire­ment sa carrière (3 ans en Algérie). À son retour, les Johnny, Eddy et autres Dick se sont déjà emparés du phénomène Rock’n’Roll et Daniel le visionnaire doit se recycler. Soutenu par Lucien Morisse, c’est avec « Je », « Memphis », « La leçon de twist », puis « Il pleut dans ma maison » que Danyel Gérard va reprendre la route du succès. Mais c’est en 1970 avec « Butterflly » classé n°1 dans toute l’Europe, que Danyel Gérard atteindra définitivement son apogée. On espère que la maturité et la créativi­té musicale dont il fait preuve sur « Sexologie » achèveront de convaincre les plus sceptiques de son talent.

 

 

MESSIEURS RICHARD DE BORDEAUX & DANIEL BERETTA

 

RICHARD RIGAMONTI et Daniel St Georges allas Messieurs Richard de Bordeaux et Daniel Beretta, les duettistes les plus créatifs et décadents de la pop française, ont, talent oblige, une place privilé­giée sur la présente compilation. Paroles torturées pour orchestrations déjantées, rares sont les artistes français dont les titres sont aussi percu­tants.

Après avoir fait les Beaux-Arts, Richard de Bordeaux commence à travailler comme architecte d’intérieur. Son goût pour la musique l’incite déjà à écrire quelques textes qu’il inter­prète au piano devant ses amis. Pour s’amuser il s’inscrit à un concours de chant à Villeneuve-s/Lot où il remporte le premier prix (son poids en pruneaux). Fort de ce premier succès, il décide de tenter sa chance à I une des auditions organisées à Bordeaux (1968) par Mireille du Petit Conservatoire. Ses titres burlesques et décalés font forte impression et Mireille l’invite, un peu par convenance, à passer la voir sur Paris.

Il n’en faut pas plus pour qu’il abandonne travail, logement et monte à la capitale rendre visite à Mireille bien étonnée de voir arriver si vite ce provincial fauché. S’ensuit une multitude de petits boulots et la rencontre au petit conservatoire de Daniel Beretta qui devient aussitôt son compagnon de galère (ils vendent ensemble des cuillères en bois pyrogravé aux terrasses des restaurants…). A 13 ans, Daniel Beretta chante déjà dans un orchestre amateur de Montbéliard qui écume les bals de la région et poursuit sans grand enthousiasme des études de comptabilité. Une première expérience ratée d’aide coniptable à la Banque Populaire de Montbéliard, le décide à tenter sa chance dans la musique.

À l’issu d’un concert de Dali’da, avec Enrico Macias et Henry Tissot donné à Montbéliard (septembre 1964), Da niel Beretta se fraie un chemin jusqu’au backsta- ge pour y rencontrer ses idoles. Il part 3 jours en tournée avec eux, et Henry Tissot l’invite à suivre les cours de Mireilfe du Petit Conservatoire. Il enregistre alors pour les disques Bel Air, le label de Nicole Barclay,. éon premier EP (« Roselyne », « Les Garçons de la Rue »). Il a alors 18 ans.

Grâce à Lydia, l’assistante de Mireille, qui s’est prise d’affection pour Richard de Bordeaux et Daniel Beretta, ils rencontrent le chanteur Ricet Barriet qui a déjà le vent en poupe. Ils lui font écouter leurs compositions, et Ricet Barriet, conquis, les fait enga­ger au Cheval d’Or puis au cabaret La Tête de L’Art (1 mois). Le public n’est pas enco­re réceptif à leurs textes loufoques et leur passage se solde par un bide retentissant. Ricet Barriet, confiant dans le talent de ses protégés, récidive quelques mois plus tard en les imposant dans une émission de TV. Ils y interprètent « Psychose ». Leur superbe prestation soulève I enthousiasme du public et ils deviennent les coque­luches du show-biz et des médias. Émissions TV à gogo (au moins 100 en un an), radios à la chaîne ! I insolence de ces deux jeunes dandys triomphe enfin. Barclay profite de cet engouement inattendu et leur propose de produire « Psychose » (1968). En studio, Richard de Bordeaux et Daniel Beretta laissent libre court à leur imagination. Les bricolages sonores se succèdent au fil de la chanson et Jean-Claude Vannier (encore lui) collabore aux arrangements. Le titre sort, passe en radio, et acquiert une certaine notoriété.

Grâce à leur victoire au relais de la chanson, ils passent en levé de rideau du premier Olympia de Mireille Matthieu pendant un mois (Printemps 68). Ils enchaînent ensuite sur une tournée au Canada.

Été 68, Daniel Beretta et Richard de Bordeaux sont engagés comme comédien pour le film Un été sauvage de Camus2 aux cotés de Nino Ferrer et Juliette Berto. On y aperçoit aussi Katina Paxinou (Pour qui sonne le glas) qui y interprète une vieille mil­liardaire décadente. Richard de Bordeaux, grimé en beatnik crado, y chante leur titre « La Drogue ». Nino Ferrer, quant à lui, interprète « Mamadou mémé », et « La rua Madueira » que lui a composé Beretta.

« La drogue » sort en disque et le titre est aussitôt interdit d’ondes. Les programma­teurs se replient sur la face B « Lucien » qui assure un certain succès au disque. Devant le prosélytisme dont font preuve Daniel Beretta et Richard de Bordeaux, on ne s’étonne qu’à moitié d’une telle décision. C’est à notre connaissance, l’un des très rares morceaux français qui aborde de façon aussi explicite le thème de la drogue3.

Malgré son succès naissant, le duo se sépare. Daniel Beretta se marie avec Raymonde Bronnstein, l’une des quatre chanteuses des Parisiennes, et se tourne vers le cinéma. Il tient ainsi le rôle principal dans l’adaptation ciné­matographique de Hamlet aux côtés de Marie Schelle, multiplie les rôles au théâtre. En 1972, Beretta interprète Jésus dans l’opéra rock Jésus Christ superstar qui remporte le succès que l’on connaît. Un an après, Paul Me Cartney, lui écrit la chanson « My love » (1973).

De son côté, Richard de Bordeaux persiste dans la musique. Une amie qui travaille chez Unilever l’infor­me de la mise en place d une campagne de publicité destinée à promouvoir les enzymes dans la lessive (1969). Richard lui suggère pour servir de support à la campagne publicitaire d’utiliser « L’Enzyme Glouton » un titre de circonstance qu il a composé peu de temps auparavant. L’idée séduit les dirigeants d’Unilever qui produisent le titre. C’est lejackpot avec plus d’un million d’exemplaires vendus ! Il sort ensuite une série de singles tout au long des années 70 dont « Je m’en­nuie », « Ma nana en caoutchouc » et « Mille neuf cent soixante sex » aux succès miti­gés et écrit les textes de différents artistes dont Zizi Jeanmaire (« Jeu de quilles »). On lui propose alors un poste dans la revue du Casino de Paris où il restera presque 4 ans (76-80). Il fait quelques apparitions au cinéma (Le Miroir Ovale avec Bulle Ogier, La Rupture avec Vincent Santini).

Début 76, Daniel Beretta et Richard de Bordeaux se retrouvent le temps de quelques singles chez Decca (« Hallucinations », « l’m in love ») et passent en vedette améri­caine de Alain Souchon à l’Olympia (décembre 76).

Ils se séparent de nouveau en 77. Daniel Beretta réalise alors différents disques dont un duo avec Noëlle Cordier (« Qu’est ce que ça peut faire ») en 79. En 1980, il sort chez RCA un ultime album avant de se retirer définitivement de la musique. Fin 80, il tourne son dernier film, Ne réveillez pas un flic qui dort, avec Alain Delon. Daniel Beretta habite désormais en Corse. Il réalise actuellement l’habillage de RFM (après avoir fait celui de Radio Nostalgie) et s’est spécialisé depuis 1987 dans les doublures de voix. Il est à ce titre la voix officielle d’Arnold Schwarzeneger et vient d’interpréter le générique de Toy Story 2.

En 1984, changement de créneau aussi pour Richard de Bordeaux qui réalise le générique du dessin animé Bibifoc (« Bi-bi-bi-bi-bi foc, de l’antarctique t’es le roi des phoques… » Onze mois au Top 50, 500 000 exemplaires vendus). Les génériques pour émissions d’enfants sont désormais devenus sa spécialité (Babar, Les nou­velles aventures de Saturnin, Lady Oscar, Mimi Cracra…).

 

 

WILLIAM SHELLER

 

APRÈS avoir écrit les arrangements du mystique spectacle « Popera cosmic/Les esclaves » avec Guy Skornick (fondateur de la radio libre Ici et maintenant), William Sheller écrit les textes de dif­férents groupes et chanteurs dont le tube en 68 des Irresistibles « My year is a day». Grâce aux royalties perçues, il autoproduit son premier album « Lux Eternae » mais sans grand succès. William Sheller signe ici la bande originale d’Erotissimo (1968), le film de Nicole de Buron, réa­lisé par Girard Pirés avec Annie Girardot, Francis Bla nche et Jean Yann. C’est sa première contribu­tion à une bande originale de film et le premier disque qu il sort dans une maison de production sous son nom. Sorte de plaidoyer contre le tapage médiatique fait autour de la libération sexuelle, Erotissimo, avec un certain machisme tourne en dérision et souligne les travers de cette pseudo vic­toire féminine. Du grand Jean Yanne, quoi… Pour information, la Face B de ce 45 tours est un incroyable morceau garage interprété en anglais par Violaine (la petite sœur de Christine Pilzer) et non Annie Girardot contrairement à ce que mentionne le générique du film, et omet de préciser la pochette du disque.

William Sheller ne connaîtra réellement le succès qu’à la fin des années 70 avec des titres comme « Dans un vieux rock’n’roll » ou « Hey docteur disco ». Son dernier album, « Les Machines absurdes », est sorti I’an dernier.

 

 

LE PAPYVORE

 

« LE PAPYVORE », pur produit de studio, est sorti simultanément en Angleterre, aux États-Unis et en France. Il a été décliné à chaque fois dans la langue du pays de commercialisation avec des interprètes et des pochettes différents. Si en France, il s’intitu­le « Le Papyvore », en Angleterre, c’est sous le titre « Phone Me » qu’il est divulgué au public par Buddy Badge Montezuma and His Long Smoke Dreamers. Pour une fois, les paroles n’ont rien perdu de leur suggestivité lors de leur transposition en français. Les trouvailles sonores et les clins d’oeil au LSD se succèdent au fil de « Papyvore », dont le final ahurissant relève de l’hérésie. On ne reste pas non plus en reste avec le texte assez ambigu au verso de la pochette qui nous apprend que les Papyvores s habillent en papier de soie, se goinfrent de papier gaufré, vivent dans le papier peint et affectionnent tout particulièrement… le papier buvard. Tiens donc ! En France, l’enregistrement s’est fait sous la houlette de Moustache le célèbre arran­geur de Jazz. Les autres chansons de cet EP sont dans la même veine et auraient tout autant mérité leur place sur cette compilation. À titre anecdotique, la sortie de ces titres aux États-Unis était accompagnée sur la pochette d’un morceau de buvard sensé représenter un LSD…

 

 

STEPHANE VAREGUE

 

C’EST en remportant en 67 le Festival de La Rose de France4, que les français découvrent réelle­ment Stéphane Varègue avec un titre gentillet et bien pensant intitulé « Le Chanteur affamé ». Cette reconnaissance tardive va lui permettre de s amender auprès du public de I échec de son pre­mier EP sortit en 66 chez Decca. Avec « Le Pape du pop », la face B du « Chanteur affamé », Stéphane Varègue renoue avec l’ambian­ce des titres de son premier EP « Le Jerk infernal » et « Avec les beatniks ». Le jury du festival de la Rose de France serait sans doute resté hermétique à l’humour et l’audace dont Stéphane Varègue fait preuve sur « Le Pape du pop ».

Les arrangements de Michel Colombier, connu notamment pour sa collaboration à l’écriture de «Messe pour le temps présent» aux côtés de Pierre Henry (cf. « Psyché rock »), mais aussi pour son album « Capot pointu » (dont sera tiré le générique de Dim Dam Dom)… sont pour beaucoup dans la réussite de ce morceau.

 

 

CHRISTINE PILZER

 

A VOULOIR se faire attendre pour se faire désirer, vous risquez de rater l’homme de votre vie. Tel est le message de « Champs Elysées » que la mali­cieuse Christine Pilzer semble vouloir faire passer à ces dames qui pensent pouvoir nous laisser poiro- ter en toute impunité.

Née à Nice, Christine Pilzer de son vrai nom Christine Van Den Haute (Le pseudonyme de Pilzer a été choisit en hommage à son beau-père) monte à Paris avec ses parents. Ils s’installent alors à Neuilly dans les quartiers chics. Ses parents tiennent rue de la Paix la prestigieuse chemiserie Doucet à côté de Cartier. Elle commence des études de dessin et fré­quente la bande du Drugstore. Son ami Bernard Jamet l’incite à aller passer une audition à la Maison de la Radio pour animer une émission musicale produite par José Artur, Claude Dupont et Michel Godard. Christine Pilzer va ainsi co-animer aux cotés de Frédéric Chaput tous les soirs pendant 2 ans, l’émission « Les Ardugos ». En parallèle de ses activités d’animatrice, sa passion pour le dessin l’amène à faire de nombreuses illustrations pour Mlle Age Tendre, Moins 20 et d’autres magazines. Mais c’est avec la sortie du premier disque « Cessez la guerre » chez Barclay (spon­sorisé par Ford) de sa petite sœur, la pétillante Violaine, que l’idée lui vient de se lan­cer elle-même dans la chanson. Elle a alors 24 ans. Avec ses amis Bernard Jamet, et Pascal Danel (« La Plage aux romantiques », « Kilimandjaro », « Comme un enfant »), ils écrivent quelques chansons, et réalisent rapidement une première maquette grâce au soutien de José Artur qui met un studio d’enregistrement à leur disposition. Ses titres sont frais, drôles et ne manquent pas de saveur. Grâce à Michel Delancray qui avait déjà épaulé sa sœur Violaine, Christine est introduite auprès de Vogue qui tombe sous le charme immédiatement.

Naîtra de cette rencontre, son premier EP et un petit succès avec I adaptation d’un morceau du folklore anglais du début du siècle « L’Horloge de grand-père ». Quinze jours à peine après la sortie du disque, elle part en tournée avec Antoine et Les Problèmes dans toute la France. Elle ira remonter le moral de nos troupes stationnées en Algérie pour les fêtes de fin d’année à Béni Abbés où ses chansons fraîches et enjouées remporteront un succès énorme (Noël 1967). Son deuxième et dernier EP sortira fin 67, avec le fabuleux « Ah, hem oh uh ehr euh » (repris par le groupe punk parisien Les No-Talents en 98) et« Champs Élysées » que vous découvrez sur cette compilation.

Malgré différentes opportunités de carrière (Fechner, qui s’occupait déjà d’Antoine, des Chariots et Karine, aurait bien aimé la prendre sous sa coupe), elle se retire de la chanson pour entreprendre avec son petit ami de l’époque un tour des Antilles à la voile. A son retour à Paris, elle reprendra la voie du dessin : est désormais styliste et réalise ses propres collections de prêt-à-porter sous le nom de Christine Van Den Haute.

 

MONIQUE THUBERT

« AVEC LES OREILLES », Monique Thubert nous livre une discutable imitation de Brigitte Bardot très inspirée du titre « St Tropez » écrit pour cette der­nière par Francis Lai. Les arrangements de Jean- Claude Petit, personnage bien connu et apprécié des amateurs d illustrations sonores, sont très effi­caces et les riffs de fuzz donnent ce côté haletant à la chanson qui est assez étonnant. Monique Thubert n’en est pas à son coup d’essai. De nom­breuses collaborations avec l’imitateur Max Fournier et un répertoire d’imitation assez étendu lui ont permis de connaître un certain succès à I époque. Llle a aussi sorti un second EP où elle y incarne de façon tout aussi pathétique France Gall.

 

 

 

L’ŒIL

 

L’OEIL est un groupe de studio. Son hommage à Bernadette Soubirous est des plus étonnants. Les breaks de batterie et un orgue omniprésent sont fantastiques. La composition est de Bob du Pac une fois encore (cf. « Les filles c’est fait… » de Charlotte Leslie). Comme Pierre Delanoé, Claude Righi ou Delancray, Bob Du Pac fait parti du cercle très fermé des paroliers et compositeurs à succès que les artistes et maisons de production s arrachent â la fin des années 60. Les paroles de « Bernadette » sont l’œuvre de Franck Aldo. Pas d’autre information hélas concernant ce groupe dont voici le seul et unique single.

 

 

PHILIPPE NICAUD

 

cinéma dans le film d’Henri Decoin, Les Amoureux sont seuls au monde (1947), marquent les premiers pas d une carrière prolifique jonchée de succès cinématographiques (Signé Furax, Mon curé chez les nudistes, Desirella, Le Cocu magnifique, Ce soir les jupons volent, Pouic pouic…) et de nombreuses pièces de théâtre.

Ce n’est que sur le tard qu’il vient à la musique avec un premier album Erotico Nicaud, dont est extrait « Cuisses nues et bottes de cuir ». Mêlant érotisme et humour, avec plus ou moins de raffinement, Erotico Nicaud est un disque plein de ressources. Outre la superbe pin-up de Aslan qui orne la pochet­te, on y découvre émerveillé des chansons telles que « La Minette de L’Archiduchesse » ou « La Marie des champs »…

Philippe Nicaud sortira d’autres singles dans la même veine, et un album en hom­mage à San Antonio intitulé « Déconorama », avant de retourner définitivement se consacrer au cinéma et au théâtre. Son dernier film, Le mélomane de G. Batagne, est sorti I an dernier.

 

 

 

[1] – Patrick Legros devient Pat Parker en hommage au tout premier chanteur des Bourgeois de Calais, Jean- Pierre Castellain devient Zorba, Jacques Gressier Jésus

et Joël Parmentier Siddartha.

 

2 – Initialement intitulé Le Temps fou.

 

3 – À noter néanmoins « Cannabis » de Nino Ferrer qui sera purement et simplement retiré du commerce lors de sa sortie en 70. Coïncidence ou passion dévorante pour le chanvre, la composition est de Daniel Beretta !!!

 

4 – Ce festival destiné à découvrir et promouvoir les nouveaux talents de la chanson française s’avère ringard et trop consensuel. Il est rapidement décrié, dénigré et abandonné au début des années 70.