INFOS RELEASES

artist : various

Release date : April 24 2019
genres : MUSIC FOR KIDS / JAZZ
format : CD/LP/DIGITAL
reference : BB112

CHEVANCE – Outremusique pour enfants – 1974/1985

(ENGLISH TEXT BELOW) Front de Libération de l’Imaginaire : au pays de Giscard puis de Mitterrand, du Thermolactyl et des protège-coudes, des films de Sautet et du gigot dominical, une poignée de 45 tours traîne sur la moquette de la chambre d’enfants. Oiseau des îles, éléphant poli, château-gâteau,… Des illustrations colorées invariablement cadrées sur fond crème, pochettes ouvrant sur un dédale de sonorités au carrefour de la chanson la plus soignée et du jazz le plus prospectif.

Fondée au détour des années 1970 par un mentor nommé Philippe Gavardin, la petite collection Chevance est avant tout affaire d’amitiés : celles de copains en vadrouille entre la fin des Trente Glorieuses et les premières désillusions de la gauche au pouvoir, gravitant autour de ce personnage décrit comme affable et curieux. Linguiste de formation, Gavardin est alors de ces intellectuels ouverts, un pied dans le milieu des cabarets de la Contrescarpe, l’autre dans celui des concerts d’avant-garde, conjuguant ses abords classiques avec un goût prononcé pour la plus grande modernité. En compagnie notamment du batteur free Jean-Louis Méchali –  collaborateur et arrangeur d’une bonne partie des titres de la collection – il élabore l’identité de cette série d’enregistrements dédiés aux plus jeunes : musicalement bicéphale mais aussi littéraire, pétrie d’un surréalisme faisant écho aux explorations libertaires et psychédéliques du moment. Détaché des contraintes commerciales, le label développe une véritable logique de collection, structurant chacun de ses disques selon une ligne directrice forte : détournements de fabliers, bestiaires, contes musicaux, ou livres de cuisine… Le texte y fait invariablement office de colonne vertébrale, servi par des visuels soignés et une fabrication irréprochable.

Au fil de séances aussi cérébrales que conviviales, des équipes se constituent. Côté chanson, le duo Anne et Gilles, habitué des cabarets rive gauche, alterne avec l’actrice suisse Cristine Combe qui, arrivant à Paris, voudrait chanter du Kurt Weill. Rayon folk, les plus hippies Imbert et Moreau côtoient l’incontournable pionnier Steve Waring, dont les célèbres Grenouilles tournent alors en rotation dans le Pop Club de José Arthur. Parmi les musiciens, on retrouve diverses figures du jazz français dans son versant le plus abrupt : compagnons de route de Méchali gravitant autour de son groupe (Le Cohelmec Ensemble), gang des lyonnais du Marvelous Band et de son ARFI, « l’Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire »… Mais aussi divers francs-tireurs, comme le multi-instrumentiste Teddy Lasry, ou l’intrigant Jacques Cassard – omniprésent dans les crédits – dont il semble pourtant aujourd’hui impossible de retrouver la trace.

Initialement distribuée par le label Chant du Monde, Chevance rejoint définitivement le catalogue de cette vénérable maison-mère lorsque Gavardin en devient directeur, prenant place au côté des disques de musique traditionnelle et des répertoires de chants ouvriers, entre chanson, poésie et enregistrements plus farouchement inclassables. Tandis que les librairies jeunesse connaissent en France un essor historique, la collection truste progressivement les diplômes « Loisirs Jeunes » et « Prix de l’Académie Charles Cros », gagnant l’attention des réseaux éducatifs et des bibliothécaires.

Si la collection se démarque singulièrement du tout-venant de la production jeunesse, son entreprise n’est pas sans rappeler d’autres expériences singulières ayant cours à l’époque.

Avec son mélange de chanson à texte et de jazz d’avant-garde, Chevance fait avant tout figure de petite sœur du label Saravah : maison fondée par Pierre Barouh, au catalogue de laquelle on retrouve le même ratio de titres pondérés et d’objets plus radicalement non identifiés, qu’ils soient signés Brigitte Fontaine, Alfred Panou, Barney Willen ou de tant d’autres musiciens investis dans le bouillonnement créatif que connaît alors la scène jazz française1. Le Cohelmec faisant office de passerelle entre les deux structures, les équipes se croisent et se côtoient, fréquentant souvent les mêmes studios.

Sur le plan littéraire, c’est avec un éditeur iconoclaste que la filiation s’impose : l’américain Harlin Quist dont les activités en France marquent alors l’histoire du genre. Mêmes choix d’auteurs, même goût des jeux linguistiques, même détachement vis-à-vis des approches conventionnelles et pédagogistes… Un univers fuyant le prosaïque au profit de visions cosmogoniques et dans lequel, au détour de chaque page, le quotidien semble condamné à subir les assauts d’incongruités incessantes. Évident quant à la démarche, les maquettes et les choix typographiques, le parallèle avec Chevance s’impose jusque dans l’équipe d’illustrateurs commune aux deux structures, où l’on peut retrouver notamment Henri Galeron, Nicole Claveloux, et Patrick Couratin.

Tandis que Chevance se structure sur des bases littéraires, s’élabore à partir du milieu des années 1980 – toujours chez Chant du Monde – une seconde collection se distinguant par son caractère abstrait, rigoureusement instrumentale.

l’initiative de la critique Anne H. Bustarret, activiste incontournable dans le domaine des productions jeunesse et amie de Philippe Gavardin, Sonoriage milite ouvertement « pour une initiation active à l’écoute et à la lecture de la musique d’aujourd’hui née de l’attention à l’environnement sonore quotidien » . Inspirée par ses multiples expériences en ateliers, et les centaines d’heures passées à titiller l’imaginaire des enfants avec un trousseau de clés pendu par une ficelle, Bustarret soigne l’édition de chaque titre, systématisant le principe du cahier d’activités illustré destiné à accompagner l’écoute.

Inventeur avec son frère François du « cristal » du même nom,  le sculpteur sonore Bernard Baschet est un ami de longue date, ayant travaillé avec Pierre Schaeffer sur la typologie des objets sonores du Traité des objets musicaux. Anne Bustarret s’oriente donc naturellement vers lui pour le projet des Musiques de table, avant que celui-ci ne l’aiguille vers Jean-François Gaël. Pilier du fantastique et inclassable groupe Sonorhc formé à l’école acousmatique, arrangeur classieux pour nombre de chanteurs de l’époque, Gaël est un amoureux du cristal accompagnant alors Baschet jusque dans ses interventions scolaires. Tandis que celui-ci se met au travail, Bustarret fait appel au compositeur Alain Savouret pour extraire de ses bandes magnétiques les passages de sa Sonate Baroque qui composeront le volume des Musiques en Bande. Enfin, pendant que le titulaire du carillon du Louvre Renaud Gagneux fait sonner ses cloches dans Musiques sur la place, elle contacte le naturaliste outsider Knud Viktor, pour un volume qui ne restera malheureusement qu’à l’état de projet.

Reflet de l’air du temps malgré son succès commercial mitigé, Sonoriage constitue également une forme d’illustration idéale des théories de François Delalande2 : un très sérieux membre du GRM et directeur de recherche à l’INA entérinant ce piquant parallèle entre la démarche des plus impérieux représentants de la musique concrète, et l’exploration menée par les plus jeunes enfants de leur environnement sonore.

Aucunement exhaustive, forcément subjective, la sélection très partiale ici effectuée se concentre à dessein sur les morceaux les plus atypiques. Elle écarte ainsi, souvent à regrets, d’autres réalisations non moins abouties : du Petit Poucet de Jean-Louis Méchali et François Ruy-Vidal – conte musical monolithique et irréductible – aux berceuses à cru de Colette Magny, des diverses faces B des Antifables à La Promenade de Picasso, disque pilonné et semble-t-il définitivement perdu… Puisse ce panorama servir de porte d’entrée aux auditeurs les plus curieux, leur donner l’envie de replacer ces fragments dans leur contexte pour mieux (re)découvrir l’étendue de l’héritage que nous laisse cette entreprise hors-normes.

Anne et Gilles – Les Erreurs / Conversation
Partant d’un texte de Jean Tardieu, s’élabore une chanson soutenue par des arrangements stratifiés façon mille-feuilles, marque de fabrique des équipes de Méchali et Cassard, « où rien n’accompagne rien ». On y retrouve le synthétiseur de Jean-Louis Bucchi, du groupe Speed Limit, le tout servi par la qualité de son unique des studios Acousti. Triturant la matière même de la langue, Tardieu s’y amuse, comme à son habitude, de l’écart angoissant qui sépare le réel de son double textuel.

Cristine Combe – Antifables / Transformation

Ce premier Antifables restera sans-doute comme le seul exemple de disque pour enfants sur la pochette duquel un singe fume littéralement de la banane. Prolifique auteur jeunesse, Jacqueline Held détourne le moralisme des fabliers pour l’expédier vers des territoires moins ouvertement policés. La flûte de Jean Querlier y croise le fer avec les membres du Cohelmec Ensemble sur des arrangements toujours aussi modulaires. Si ce disque, l’un des plus étranges et cérébral de la série, suscitera à sa sortie une certaine perplexité, la postérité en fait aujourd’hui l’un des plus recherchés.

   Jean-François Gaël – Musiques de table / Profiteroles

Pour cette mignardise instrumentale dédiée à l’univers sonore de la cuisine, le thème mélodique, joué au cristal Baschet par son interprète historique Michel Deneuve, côtoie les coquilles d’œuf échantillonnées sur un des premiers Mac opérationnels, « l’Apple 2 et ses 250ko de carte mémoire ». Selon Jean-François Gaël, « intégrer le cristal était pour moi logique: tout ceci faisait un lien entre le fait que j’avais rencontré Baschet au GRM, et ma propre pratique de la musique concrète. »

Steve Waring & le Workshop de Lyon – Mirobolis / Image

Début des années 1970 : les musiciens Maurice Merle et Christian Rollet forment la compagnie de théâtre musical La Carrérarie. Soucieux d’apporter de la nouveauté et de la créativité dans le réseau jeune public, ils s’inspirent « du grand mouvement vers un désir de liberté qui traverse alors la scène jazz européenne » et les conduit en parallèle à fonder l’ARFI : Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire regroupant les équipes conjointes du Workshop de Lyon et du Marvelous Band. A la faveur d’une des 400 représentations de leur spectacle à succès La Bataille, ils rencontrent Steve Waring qui, cultivant le goût des formes nouvelles bien au-delà de son statut d’ambassadeur du folk à l’américaine, se joint à eux, enthousiaste : « L’ARFI, ça m’a vachement plu ! Pourquoi pas un folklore imaginaire ? C’est ce que je cherchais, sans oser le dire ». Avant d’être adaptés au format disque, nombre de morceaux édités chez Chevance sont donc des musiques de scène, rodées au cours de tournées stakhanovistes qui les entraîneront partout, du Canada au Japon. Conçue spécifiquement pour le disque, cette Image échappe à la règle. En compagnie de Maurice Merle et Louis Sclavis aux saxophones et clarinette, du bassiste Jean Bolcato et du batteur Christian Rollet, Waring s’immerge dans une longue plage divagatoire contrastant radicalement avec sa propre image – trompeuse – de chanteur moustachu à guitare. Et remettant les pendules à l’heure, nous rappelle à quel point son univers peut aussi s’éloigner du topique pour nous embarquer vers des terres inconnues.

Anne et Gilles – Chantefables / Le Gnou

Morceau obsédant pour un disque ayant remporté un franc succès, cet extrait du bestiaire surréaliste de Robert Desnos se range au côté des autres animaux et insectes constituant sa collection peu orthodoxe. Troublant littéralement le sommeil de l’arrangeur Méchali, les trois coups de caisse de guitare fondant la composition lancinante de Gilles Méchin firent l’objet d’une véritable guerre conceptuelle autour de leur caractère jugé trop illustratif… Débat emblématique dans lequel le chanteur aura donc eu le dernier mot.

Cristine Combe – Antifables 2 / Conseils aux enfants sages

Tournant les bonnes manière en dérision, cet extrait du second volet dédié au fablier de Jacqueline Held témoigne du détachement de la collection vis-à-vis des conventions de la production jeunesse, et des préoccupations trop directement éducatives ou pédagogiques. En somme, un disque bien mal élevé.

Jean-François Gaël – Musiques de Table / Sucre Candi

Second extrait instrumental, où les résonances des percussions sur le cristal côtoient les saladiers et ustensiles officiellement testés par Bernard Baschet dans les rayons du BHV pour leurs diverses qualités sonores, devant un auditoire de vendeurs stupéfaits.

Le Groupe Organon – Le Chant du Facteur / Adieu
Bande originale aventureuse et protéiforme du spectacle du même nom, Le Chant du Facteur fait partie des quelques titres de la collection Chevance ne s’adressant pas au jeune public. Conçu et interprété par les mêmes équipes parisiennes en hommage au poète turc exilé Nazim Hikmet, il se structure suivant la même grammaire: mélange de chants et déclamations servi par des arrangements en mille-feuilles, collages et bruitages divers prenant le contre-pied radical de toutes les scies militantes habituellement dédiées à cette figure d’importance dans la gauche contestataire de l’époque.

Alain Savouret – Musiques en bande / La dictée

Autre titre de la collection Sonoriage extrait du premier mouvement de la Sonate Baroque d’Alain Savouret, une pièce d’envergure initialement conçue pour des auditeurs adultes, et néanmoins non dépourvue d’humour. Également familier des créations jeune public, Savouret développera tout au long de sa carrière de compositeur une approche centrée sur « l’auralité », promouvant l’invention par l’écoute plutôt que par les connaissances, s’appuyant sur un goût prononcé pour l’improvisation libre, et se fondant sur la prise en compte quasi systématique du contexte social de production et de représentation. Une démarche « concrète », dans tous les sens du terme.

Anne – Chansons du pays gourmand / Vendredi: les caramels au chocolat

Sur le modèle d’un semainier, ce livre de cuisine dont la chanteuse Anne signe cette fois les textes énumère sa collection de recettes impossibles, tandis qu’ici le percussionniste Alain Bouchaux s’active aux fourneaux.

Anne – Chansons du pays gourmand / Lundi: les Croûtes aux groseilles
Second extrait plus arrangé de ces voyages culinaires, en forme de récréation pour certains habitués du label Saravah: Jean-Charles Capon, violoncelle du Baroque Jazz Trio mais aussi Jean-François Canape, autre compagnon du Cohelmec également médaille d’or, entre autres faits d’arme, de trompette cabossée sur l’album Ça va ça vient de Pierre Barouh.

Le Groupe Organon – Le Chant du Facteur / Vivre

Second extrait de ce grand disque adulte dédié à Nazim Hikmet, dont le récitatif cosmogonique vient encore faire écho aux thèmes récurrents de la collection jeune public.

Anne et Gilles – Chantefleurs / Le soleil

Autre best-seller de la collection Chevance avec les Chantefables, toujours sur texte de Desnos, les Chantefleurs font de leur herbier ce modèle d’équilibre entre chanson classique et arrangements atypiques, avec cette fois la flûte de Jacques Cassard tournoyant vers l’infini.

Steve Waring – La Nuit dort le jour / Me uno me douno

Une comptine auvergnate collectée et arrangée par le compositeur et parolier Alain Gibert, infatigable compagnon de route de Waring et personnage attachant, intellectuel formé à l’école du bal conjuguant sophistication véritable et sensibilité populaire. Partie intégrante du répertoire des concerts du Marvelous Band, cette ritournelle révèle ici tout son potentiel en terme de jeux de langue et jeux de rythme, au profit de cette Petite Suite Non Sensique commandée par le label, où les saxophones dialoguent avec les percussions corporelles de Christian Ville.

Naomi Moody – Berceuses noires / Who dat

Miniature en forme de virgule, un titre détonnant dans l’anthologie des Berceuses du Monde dont cette version est extraite. On y retrouve le goût pour les arrangements percussifs de Jean-Louis Méchali, et cette importance de la césure rappelée par un Gavardin qui, lorsqu’il trouvait le résultat trop timoré, pouvait rentrer en studio pour s’exclamer soudainement : « Une virgule ! Mettez-moi une virgule ! »

Anne et Gilles – Chantefables / Les Hiboux

Exercice de style autour d’une règle d’orthographe pour ce second extrait des Chantefables. De ce type de texte, Desnos confiait à son éditeur peu de temps avant sa mort en déportation au camp de Terezin: «Ce que j’écris ici ou ailleurs n’intéressera sans doute que quelques curieux espacés au long des années. Tous les vingt-cinq ou trente ans on exhumera dans quelques publications confidentielles mon nom et quelques extraits, toujours les mêmes. Les poèmes pour enfants auront survécu un peu plus longtemps que le reste. J’appartiendrai au chapitre de la curiosité limitée.»

Steve Waring – Petit bleu et petit jaune / Fais voir le son + impro peau

Deux titres s’enchaînant pour n’en former peut-être qu’un… Écrites par Renée Mayoud – pionnière des interventions musicales en milieu scolaire dont l’action eut une influence déterminante sur la carrière de Waring – les paroles nous renvoient à l’atmosphère d’une époque paisible, non dénuée d’une certaine candeur. En compagnie de Christian Rollet, on y retrouve la technique des percussions corporelles, développée au cours de sessions d’ateliers ouverts, collectifs et hebdomadaires. « On adaptait des rythmiques du monde en les jouant pieds et main : une chacarerra argentine, une bossa… Steve est venu, il avait des joues et des mains qui sonnaient vraiment : quand il se tapait sur la tête, ça sonnait également très fort grâce au résonateur buccal.  Nous avons développé cela ensemble avec Christian Ville. On peut d’ailleurs y voir un lien avec cette espèce de naïveté du folk de prendre des sons concrets pour créer des images, que ce soit le bruit d’une bagnole ou d’un bateau». Un principe « d’illustration sonore » régulièrement utilisé par Waring, jusque dans ses célèbres Grenouilles… Mais également une clé pour mieux comprendre comment les musiciens de l’ARFI, dans leur quête d’un folklore imaginaire potentiel et de ses matériaux primordiaux, ont pu de la sorte en venir aux mains.

Anne et Gilles – Les Erreurs – La Môme néant

Bouclant la boucle, second extrait des Erreurs et grinçant désaccord, toujours sur texte de Jean Tardieu.

Anne & Gilles – Pablo Neruda – Cela est certain

Retour au monde adulte, pour un dernier lamento folk évoquant le mystère de l’enfant

né de la petite mort : élégant hommage à Neruda, édité l’année suivant sa disparition dans des circonstances qui demeurent aujourd’hui encore mystérieuses.

/////////////////////////////////////////////////////////

CHEVANCE (etc.)

Another Music for Children / 1974-1985

In the land of Presidents Giscard and Mitterand, thermal clothing and elbow pads, Sautet films and Sunday roasts, the carpeting of a nursery is strewn with a handful of 7-inches. There, exotic birds and courteous elephants guarding a castle built with cakes form a Front for the Liberation of the Imaginary: colourful, systematically framed illustrations standing out against the cream background of gatefold sleeves… doorways to a maze of sounds at the crossroads between the neatest form of chanson and the most prospective jazz.

Founded in the course of the 1970s by Philippe Gavardin, the small collection named Chevance is above all the story of buddies who were out and about between the twilight of the Trente Glorieuses and the disenchantment that followed the socialists’ rise to power, gravitating around this mentor known for his kindness and curiosity. Originally a linguist, Gavardin was one of these open-minded intellectuals, with one foot in the Contrescarpe cabarets and the other in step with the avant-garde, combining his apparently classical tastes with a keen interest in the novelties of his time. It is notably with Jean-Louis Méchali—a drummer from the free jazz scene who became Gavardin’s team-mate and arranged a good deal of the releases—that he forged the identity of this series of recordings for the younger generations: musically janus-faced, definitely literary, impregnated with a surrealism that echoed the decade’s psychedelic and libertarian experiments. The label developed a real editorial policy disregarding commercial constraints. Each record took a clear direction: modern fables, bestiaries, musical tales, cookbooks… Words were the backbone and every release was both carefully designed and perfectly manufactured.

Several teams were built up in the course of meetings which were more like congenial brainstormings. In the chanson category, Anne and Gilles, a duet regularly performing in the left bank area, alternated with the Swiss actress Cristine Combe who had recently settled in Paris and wanted to sing Kurt Weill. As for the folk projects, Imbert and Moreau, who were more in the hippie vein, took turns with the canonical pioneer Steve Waring, whose famous Grenouilles were then turning round and round in José Arthur’s Pop Club. The musicians included many a jazzman from some of the most adventurous factions of the French scene: Méchali’s fellow travellers involved in the Cohelmec Ensemble; The Marvelous Band, a gang from Lyon that had also co-founded the “Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire” (Association in Search of an Imaginary Folklore); and various mavericks like multi-instrumentalist Teddy Lasry, or the intriguing, so often credited Jacques Cassard, whose track seems to have been completely lost today.

Initially distributed by the label Le Chant du Monde, Chevance was definitely included in the catalogue of this venerable parent company when Gavardin started directing it. Thus, it joined a selection of traditional music and work songs also including chanson, poetry and recordings that just can’t be categorised. While bookshops for kids knew a historic boom in France, the collection eventually enjoyed the monopoly of the prizes awarded by “Loisirs Jeunes” or the Charles Cros Academy, a key factor to reach school and library networks.

If the collection gives a striking change from mass-produced music for kids, its spirit is nevertheless akin to other singular attempts that were made at the time.

Mixing songwriting and avant-garde jazz, Chevance seems to be, first of all, Saravah’s  younger sibling. Founded by Pierre Barouh, Saravah showed the same balance between moderation and radicalism, with oddities like those of Brigitte Fontaine, Alfred Panou, Barney Willen and so many other musicians feeding the creative frenzy that characterised the French jazz scene.1 As the Cohelmec Ensemble bridged the two worlds, the teams got to know one another and often worked in the same studios.

As for the literary dimension, it is right in the lineage of the American iconoclastic publisher Harlin Quist, whose activity in France left its mark on the genre. Similar selections, a common taste for playful uses of language, and the same distancing from both conventional and outcome-based education… A universe excluding the mundane to make room for cosmogonic visions in which, at the turn of each page, everyday life is relentlessly assaulted by the incongruous. The parallelism with Chevance goes even beyond questions of editorial, graphical or typographical choices: the two worked with the same team of illustrators, which included Henri Galeron, Nicole Claveloux and Patrick Couratin.

While Chevance had strong literary roots, Le Chant du Monde developed, in the middle of the 1980s, another collection in a more abstract, rigorously instrumental line, far from textual concerns.

Initiated by Anne H. Bustarret, a critic, a major activist in the field of creation for kids and a friend of Gavardin’s, Sonoriage openly campaigned for ”an active initiation to the listening and reading of today’s music based on the attention to every day sonic environments.” Inspired by the many situations she experienced in workshops and the hundreds of hours she spent stirring the imagination of children with a bunch of keys hanging at the end of a string, Bustarret carefully presented each record, systematically adding an illustrated, notebook-like insert to guide the kids’ listening.


Bernard Baschet—the sound sculptor who invented, along with his brother François, the “crystal” bearing their name, and worked with Pierre Schaeffer on the typology of sound objects for the Treatise on Musical Objects—was an old friend of Anne Bustarret’s. She therefore naturally turned to him for the Musiques de table project, before he oriented her towards Jean-François Gaël. A cornerstone of the amazingly hybrid band Sonorhc, a student of acousmatics and a first-class arranger who had worked for many of the decade’s singers, Gaël was a crystal lover who followed Baschet around his interventions, including in schools.

When Gaël set to work, Bustarret called the composer Alain Savouret, asking him to select excerpts from his tape-recorded Sonate Baroque, so as to compile another volume entitled Musiques en Bande. Renaud Gagneux, who was in charge of the Louvre’s carillon, had just been ringing his bells for Musiques sur la place when she contacted the outsider naturalist Knud Viktor about a project which, unfortunately, was never carried out.

As a rather up-to-date though not-so-commercially-successful collection, Sonoriage constitutes a kind of ideal illustration of François Delalande’s theories.2 This very serious member of the GRM also worked as a research supervisor at the National Audiovisual Institute. His theories emphasised the unexpected parallelism between the methods of the most respectable practitioners of concrete music and the way the youngest children explore their sonic environment.

Necessarily incomplete and subjective, this very partial overview deliberately draws attention to the most peculiar tracks. Unfortunately, some equally valuable works could not be included: Jean-Louis Méchali and François Ruy-Vidal’s Petit Poucet (a monolithic musical tale that cannot be sized down), Colette Magny’s rough and raucous lullabies, B-sides from the Antifables series, La Promenade de Picasso, a record that had to be destroyed and therefore seems definitely lost… May the most curious listeners feel like putting these fragments back in their broader context so as to (re)discover the vast inheritance this uncommon project bequeathed us.

Anne et Gilles – Les Erreurs / Conversation

Composed by Gilles, sung by himself and Anne, this adaptation of a text by Jean Tardieu is stamped with Méchali & Cassard’s trademark: the voice is typically propped up with a multilayered arrangement in which “nothing goes with anything.” Also featuring keyboardist Jean-Louis Bucchi from Speed Limit, this Conversation benefits from the unique sound quality of the Acousti studios. Playing with the very matter of language as if with clay, Tardieu is having fun, as usual, with the anguishing gap between reality and its double, the text.

Cristine Combe – Antifables / Transformation

Antifables, volume 1, will certainly remain the only record for kids with a cover showing a monkey literally smoking bananas. Jacqueline Held, a prolific author of children’s books, parodies the moral dimension of fables to explore less civilised territories. Jean Querlier’s flute rivals with members of the Cohelmec Ensemble in modular arrangements. While the record, one of the most peculiar and cerebrally demanding in the series, was found rather puzzling when it came out, it is now much sought-after.

Jean-François Gaël – Musiques de table / Profiteroles

In this miniature instrumental composition inspired by the sounds of cooking, the melody is played by Michel Deneuve, a specialist of the Baschet crystal he manipulates here, along with eggshell cracks sampled thanks to one of the first operational Mac, “Apple 2 and its 250ko memory stick.” According to Jean-François Gaël, “including the crystal made sense for [him]: it showed the links between [his] meeting Baschet at the GRM and [his] own practice of concrete music.”

Steve Waring & le Workshop de Lyon – Mirobolis / Image

In the early 1970s, musicians Maurice Merle and Christian Rollet formed La Carrérarie, a company performing plays with music. Willing to renew creations for kids, they found inspiration in “the dynamic desire for liberty which was galvanising the European jazz scene” and founded the Association in Search of an Imaginary Folklore, teaming Le Workshop de Lyon with the Marvelous Band. They met Steve Waring thanks to one of the 400 performances of their successful show La Bataille. Cultivating a taste for new forms far beyond the limits of his functions as an ambassador of American folk, Waring enthusiastically joined the association: “I loved it! An imaginary folklore, why not? That was what I was secretly looking for.” Many tracks that came out on Chevance were therefore music for the stage then turned into records, and they were conceived and reworked during exhausting international tours with stops in Canada or Japan. Image is an exception, for it was specifically made for the record. Accompanied by Maurice Merle (saxophone), Louis Sclavis (clarinet), Jean Bolcato (double bass) and Christian Rollet (drums), Waring dives into the meandering waters of this long track contrasting with his own deceptive image, that of the moustached guitarist. Setting the record straight, this 7-inch reminds us that Waring could take us on board a ship to unknown lands.

Anne et Gilles – Chantefables / Le Gnou

This obsessive tune is from a hit record based on Robert Desnos’s surrealistic bestiary, which describes his rather unconventional collection of animals and insects. The arranger, Méchali, literally lost sleep over it: the three knocks on the soundbox of the guitar that structure Gilles Méchin’s nagging composition led to a small ideological quibble regarding their basically illustrative function. An emblematic debate in which the singer had the last word.

Cristine Combe – Antifables 2 / Conseils aux enfants sages

Mocking good manners, this excerpt from the second volume derived from Jacqueline Held’s fables testifies to Chevance’s distancing from the conventional rules of music for children and overly educational or pedagogical concerns. A perfectly ill-mannered record, all in all.

Jean-François Gaël – Musiques de Table / Sucre Candi

Another instrumental excerpt in which the percussive sounds of the crystal are mixed with those of salad bowls and utensils being officially tested by Bernard Baschet in the kitchen department of a classy Parisian store, in the presence of stupefied sales assistants.

Le Groupe Organon – Le Chant du Facteur / Adieu

This record, which preserves the daring and varied soundtrack to the show entitled Le Chant du Facteur, is one of the few volumes in the collection that are not targetting children. A tribute to the Turkish poet in exile Nazim Hikmet, it was conceived and interpreted by the same Parisian crews and its grammar remains in keeping with that of the collection: a mix of singing and spoken word with multilayered arrangements, collages and varied sound effects taking a stance radically different from the old refrains that French dissenters usually dedicated to this inspiring figure.

Alain Savouret – Musiques en bande / La dictée

Another track from the Sonoriage collection, taken from the first movement of Alain Savouret’s Sonate Baroque, a large-scale work initially composed for adults, but not without humour. Savouret, a composer who was also familiar with young audiences, developed throughout his career an approach based on “aurality”: stimulating imagination through listening rather than knowledge, relying on free improvisation, and systematically taking into account the social contexts of production and performance. His projects were “concrete” in every sense of the word.

Anne – Chansons du pays gourmand / Vendredi: les caramels au chocolat

Taking the form of a diary, this cookbook written by the singer Anne draws a list of impossible recipes while the drummer Alain Bouchaux is busy beating the butter.

Anne – Chansons du pays gourmand / Lundi: les Croûtes aux groseilles

A second, more fleshed out composition taken from this culinary adventure. It is interpreted by some of the best Saravah musicians enjoying a break: Jean-Charles Capon, cellist from the Baroque Jazz Trio, and Jean-François Canape, another friend of the Cohelmec, who could pull off such feats as wonderfully playing a bumped trumpet, as he did for Pierre Barouh’s Ça va ça vient.

Le Groupe Organon – Le Chant du Facteur / Vivre

Another track from the great LP dedicated to Nazim Hikmet. This cosmogonic recitative for adults echoes once more the recurrent themes of the records for children.

Anne et Gilles – Chantefleurs / Le soleil

Along with Chantefables, Anne and Gilles’ Chantefleurs was amongst the best-selling Chevance records. Based on Desnos’s herbarium, it reaches an exemplary balance between typical chanson and uncommon arrangements. On this track, the notes from Jacques Cassard’s flute raise up to the sky and beyond.

Steve Waring – La Nuit dort le jour / Me uno me douno

This song is a nursery rhyme from the region of Auvergne, collected and arranged by one of Steve Waring’s fellow travellers, composer and songwriter Alain Gibert. This sweet and tireless musician from the school of ball music conjugated real sophistication with a sensibility for the popular. This version of the tune, which was part and parcel of the Marvelous Band’s repertoire, reveals all its potential as a rhythmical and linguistic game. Making the winds dialogue with Christian Ville’s body drumming, it is an asset to this “Nonsensical Petite Suite” ordered by the label.

Naomi Moody – Berceuses noires / Who dat

This much punctuated miniature contrasts with the lullabies selected for the Berceuses du monde LP. Jean-Louis Méchali’s taste for percussive arrangements as well as Gavardin’s attention to breaks are obvious here. When Gavardin wanted things to be more daring, he could enter the studio and shout: “A coma! I want a coma!”.

Anne et Gilles – Chantefables / Les Hiboux

Second extract from Chantefables: an exercise in style based on a spelling rule. Not long before his deportation to Terezin, Desnos confided in his publisher: “What I am writing, here or elsewhere, won’t be of interest to anyone apart from a few curious readers in the future. Every twenty-five or thirty years, my name and a few excerpts, always the same ones, will be exhumed for confidential publications. The poems for children will survive a bit longer. I will be presented as one of those trivial oddities.”

Steve Waring – Petit bleu et petit jaune / Fais voir le son + impro peau

These two tracks are in a row, but do they make one? The lyrics were written by Renée Mayoud, a pioneer of music workshops in schools whose approach had a definite influence on Waring’s career. They evoke, not without a certain naivety, the atmosphere of peaceful times. This time, body drumming was developed by Christian Rollet through weekly collective workshops open to everyone. “We adapted rhythms from around the world with our hands and feet: an Argentinian chacarerra, a bossa… Steve joined us. His cheeks and hands sounded great. The mouth is like a resonator, and it resounded incredibly loudly when he slapped his face. We developed this together with Christian Ville. Actually, it can be related to that naive habit of folk musicians who rely on concrete sounds to conjure up images, be it to imitate a car or a boat.” Waring regularly used sound as a way to illustrate things, including in his famous Grenouilles… This is key to understand how, as they were looking for an imaginary folklore and its raw materials, the members of the ARFI came to blows.

Anne et Gilles – Les Erreurs / La Môme néant

A second excerpt from Les Erreurs bringing everything to full circle with cringing, jarring chords placed on Jean Tardieu’s text.

Anne & Gilles – Pablo Neruda / Cela est certain

Let’s return to the world of adults for one last folk lament about a child born from the little death: an elegant tribute to Neruda that came out the year following his passing, the circumstances of which are still unclear today.