FRANCOIS VIROT

  1. photo-bd-francois_virot_henrioud_juliette-2François Virot sort son premier album non gravé sur CD-R. A la question Yes Or No, la critique et le public répondent : proposition n°1. On loue le geste nerveux et les mélodies titubantes de cette folk pop lo-fi, on le traite d’Animal Collective à lui tout seul. On le tire de l’invisibilité des squats lyonnais pour le faire monter sur scène, le filmer, le faire parler. Personne ne se rend compte à quel point il n’est pas prêt. Ses chansons, il les a enregistrées pour lui, à la dure, sans se regarder faire. Pour cet hyperactif tombé tout petit dans le songwriting, la naïveté n’est pas un calcul, le DIY pas un gadget esthétique. Le miel du premier buzz est amer.

« La première fois qu’ils ont fait le noir à un de mes concerts, je n’ai pas compris ce qui se passait. J’arrive, tout le monde applaudit. Moi, je devais changer une corde. Je le dis, tout le monde applaudit encore. Je change ma corde, finis ma bière, 10 minutes passent avec la lumière braquée sur moi. Les gens ont trouvé ça super, ils étaient morts de rire. Pour moi, c’était l’enfer. Il y a eu plein de moments comme ça où j’ai souffert d’un gros décalage. »

  1. François Virot est au générique de deux des plus beaux disques de l’année. Le premier, (Comfortable Problems du trio Clara Clara) met à l’amende tous les apprentis-Deerhoof de la planète. Il y déploie son jeu de batterie funambule et castagneur, son chant acide au bord de la rupture, entre happy hardcore et power pop à étages. Le second (Time & Death du duo Reveille) est aussi touchant, addictif et imparfait qu’une collection de démos de The Evens. Plus question de se jeter seul dans la fosse aux lions. On ne le reprendra pas à hululer ses états d’âmes en cabossant une guitare sèche. D’ailleurs, personne ne rigole : on applaudit par choc, par désir, par respect.

« J’ai arrêté de faire des grimaces, de parler au public ou de leur faire chanter quoi que ce soit. Je me suis focalisé sur la musique en ignorant tout ce qu’il y avait autour. Encore aujourd’hui, s’il n’y a personne à un concert, je m’en fous. Ce que je veux, c’est être satisfait de ce que j’entends. »

  1. François Virot ressort du bois et nous refait le coup du doublé fantastique. Après le troisième album de Clara Clara (Bugarach), plus pop chatoyant que jamais, retour à la sobriété pour un deuxième album solo qu’on n’avait, malgré tout, jamais cessé d’attendre. Un disque qui est à la fois un condensé laidback de sa discographie, une actualisation de ses obsessions (batteries truculentes, mélodies catchy-mais-vicelardes, télescopage référentiel – Police vs. The Ex vs. Joe Dassin ?), et une déclaration de non-allégeance aux lois indie actuelles.

« Ces derniers temps, je n’arrivais plus à trouver un seul disque sans reverb, ni un groupe qui n’utilise pas de pédale chorus ou de bandes enregistrées en live. Ça me sortait par la tête. Faire de la musique, ce n’est pas composer le truc le plus joli qui soit. Il faut qu’on voit un peu ce qu’il y a l’intérieur, qu’on entende un être humain qui chante, qui joue.  »

Marginal Spots, c’est du François Virot à l’os, aveugle aux mirages de la hype, branché directement sur les emballements de son cœur.

Michael Patin

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  1. François Virot releases his first album – at least the first that is not a burnt CD-R. Presented with a yes-no question, both the public and the critics unanimously went for the first option. He was praised for the nervous urge and the staggering melodies of his lo-fi pop folk, and even got nicknamed a one-person Animal Collective. He found himself dragged out from the invisibility of Lyon’s squats and rushed hastily on stage. He was expected to give his opinion, but no one realised how unprepared he was. He had crafted his songs for himself, the hard way, without hindsight. For a hyperactive such has himself, versed into song-writing since he was a child, naivety was not a ploy, and DIY is not a fancy gadget. The honey of his first success had a bitter taste. « The first time they dimmed the lights at one of my concert, I didn’t understand what was going on. I came on stage, everyone cheered. I needed to change a string, so I said so, the crowd answered by applauding once again. I changed my string, I finished my beer, 10 minutes had passed, the lights were still on me. People found the scene delightful, they were laughing hysterically. For me, it was hell. There have been many moments such as this one where I felt at odds.”
  1. François Virot appeared in the credits of two of the most beautiful records of the year. The first one (Comfortable Problems from the trio the Clara Clara) put to shame every claimant to Deerhoof’s throne. He showcased his rowdy yet vacillating drumming skills, his acidly borderline chanting, wandering somewhere between happy hardcore and subtle power pop. The second one (Time & Death of Reveille duet) was as touching, addictive and imperfect as a collection of demos from The Evens. He would no longer walk into the lion’s den by himself. He would not sing his torments playing nervously on his acoustic guitar. No one was laughing anyway: applause sprung from shock, desire, respect. “I stopped making funny faces, talking to the crowd or make them sing along. I focused on the music and ignored everything around it. Still to this day, if no one shows up at a concert, I don’t care. What I want is to be satisfied with what I hear.”
  1. François Virot comes out of the woods again and plays the trick of the majestic double. After Clara Clara’s third album (Bugarach), a gem of shimmering pop, he’s back to sobriety for a second solo album that we had never ceased to wait eagerly for. A record that is as much a laid-back digest of his discography, an actualisation of his obsessions (colourful drums, catchy but devious melodies, referential tangle – Police vs. The Ex vs. Joe Dassin?), then a declaration of independence from the current indie pop laws. “Lately I couldn’t find any record without reverb effects, or a band that doesn’t use a chorus pedal or some recorded material live. It annoyed me. Music making should not be about composing the most beautiful thing there is. You need to catch a glimpse of what’s inside, hear an actual human being sing and play.” Marginal Spots is François Virot at his core, oblivious to the illusion of success, directly plugged on his heartbeats.

 

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